Médecin de famille: les patients orphelins encore nombreux dans la région

SANTÉ.  L’accès à un médecin de famille demeure un combat en Estrie comme partout ailleurs en province. En Haute-Yamaska, près de 15 % de la population tentent toujours de se dénicher un praticien. Dans le secteur de La Pommeraie (Brome-Missisquoi), environ 7,5 % des résidents n’ont pas un docteur responsable de leur dossier de santé, selon des données du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. 

Sur les 100 420 personnes admissibles en Haute-Yamaska, 14 490 individus sont des patients orphelins. Un bond de 404 usagers par rapport à la même période en 2024.

Dans Brome-Missisquoi (NDLR: ce coin de l’Estrie se prénomme La Pommeraie pour les instances décisionnelles du secteur de la santé), ce territoire compte 73 590 résidents éligibles à un professionnel de la santé d’après les données de juillet dernier du Tableau de bord-Accessibilité aux médecins de famille et IPSPL (infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne), dont le GranbyExpress a obtenu copie. De ce nombre, 5607 personnes sont en attente d’un médecin de famille. Une hausse de 364 patients comparativement à l’année dernière.

«Ces données démontrent une stabilité puisqu’en fonction de l’évolution de la population sur le territoire, ce sont toujours un peu plus de 85 % des gens qui ont accès à un médecin de famille en Haute-Yamaska et 92 % dans la Pommeraie. Nous poursuivons nos efforts de recrutement auprès des médecins de famille pour tous les secteurs de l’Estrie», a écrit le département des communications du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dans un échange de courriels.

Plus de patients malades?

Alors que Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec se coltaillent sur la place publique, sur le terrain, le nombre de dossiers-patients confié à un médecin généraliste augmente en Haute-Yamaska depuis cinq ans; passant de 983 en 2020 à 1170 en 2025 et de 852 à 925 à La Pommeraie, selon des données colligées par l’Association des médecins omnipraticiens de la Yamaska (AMOY). 

“Non seulement on suit plus de patients, mais ces patients-là ont plus de visites par médecin par année. Et probablement parce qu’on voie des patients plus malades. C’est une hypothèse”, indique la présidente de l’AMOY, la Dre Anne-Patricia Prévost.

Pour la docteure Prévost, les chiffres sont toutefois à prendre avec un bémol, car ils n’englobent pas les actes professionnels des infirmières, des travailleuses sociales, des pharmaciens, souligne-t-elle. “Plus on augmente notre travail collaboratif, plus on peut inscrire des patients qui sont malades et les faire voir par d’autre monde.” “On n’a pas le nombre de visites chez les infirmières, les travailleurs sociaux (…). Ils sont payés à l’heure. Donc, le nombre de patients qu’ils voient n’est pas comptabilisé tandis que nous (les médecins), on est payé à l’acte. Et chaque fois qu’on fait un acte, la RAMQ (Régie d’assurance maladie du Québec) le comptabilise et peut savoir le nombre de patients vus et combien de fois par année”, mentionne la Dre Prévost.

Encore de l’éducation à faire

Dans les groupes de médecins de famille (GMF) de la Haute-Yamaska et de La Pommeraie, les patients inscrits voient en moyenne leur professionnel 2,4 fois par année. 

Or, trop de gens se présenteraient encore à leur GMF pour des visites non urgentes, voire inutiles, selon la Dre Prévost.

“Tu tousses, tu fais de la fièvre, tu as mal à la gorge depuis une journée (…). Fais la recette de ta grand-mère et tu viendras me voir quand ça aura lieu”, illustre la présidente de l’AMOY.  “On fait beaucoup d’éducation auprès de nos patients. J’ai plein de jeunes gens qui viennent encore me voir pour avoir un bilan de santé. Et ma réponse, c’est non.” La consultation se termine ainsi par un survol rapide des antécédents familiaux de la personne et un rappel des saines habitudes de vie. 

Selon la Dre Prévost, le mythe d’aller voir son médecin une fois par année (à l’exception des 50 ans et plus) est toujours présent dans l’esprit de la population. “Je ne peux plus rencontrer les patients juste pour jaser et leur dire comment ça va la vie. On n’est plus là-dedans. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne fait pas de la bonne médecine. Je pense qu’on l’a fait mieux. L’important, c’est que les personnes à risques soient soignées.”

Pour desservir les patients des GMF de La Haute-Yamaska et de La Pommeraie, les deux régions bénéficient respectivement de l’expertise de 55 et 64 médecins de famille. 

Pour les personnes qui n’ont pas accès à un médecin de famille, voici quelques alternatives: 811, option 1 (Info-Santé), 811, option 2 (Info-Social), 811, option 3 (guichet d’accès à la première ligne).

Nombre de personnes en attente d’un médecin de famille et non inscrites à un GMF pour La Haute-Yamaska, La Pommeraie et l’Estrie pour 2024 et 2025 

                     Haute-Yamaska   Pommeraie   Estrie

2024                  14 586                5 243          68 825

2025                  14 990                5 607         72 644

Évolution           + 404                 +364         +3 819

Source:CIUSSS de l’Estrie-CHUS