Optilab, un an plus tard : «On est pas très avancés» – Emmanuel Breton, de l’APTS

SANTÉ. À quelques jours du premier anniversaire du début de l’implantation d’Optilab, cette grande centralisation des analyses laboratoires opérée à l’échelle provinciale, les technologistes médicaux des hôpitaux de Granby et de Cowansville sont encore plongés dans l’incertitude. Qui plus est, la région n’est «pas très avancée» dans le processus, selon leur syndicat.

«Si on n’est pas l’une des dernières régions au Québec, on est possiblement la dernière. En Gaspésie, sur la Côte-Nord, ça roule», lance d’emblée le répondant politique de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Emmanuel Breton.

Hors mis ceux déjà exclusivement traités à Sherbrooke, seule une petite partie des échantillons de Granby en cytologie et en pathologie prend désormais la route de l’hôpital Fleurimont à Sherbrooke. D’ici quelques années, ce seront tous ceux non urgents recueillis en consultation externe qui y seront acheminés.

Granby et Cowansville en circuit fermé

S’il y a à ce jour très peu de changements concrets dans le travail des employés en laboratoire des deux établissements, c’est que ceux-ci ne peuvent encore être reliés au futur laboratoire centre sherbrookois : les systèmes informatiques utilisés ne sont pas compatibles.

Ariane, celui utilisé exclusivement en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi, est désuet. En conséquence, les résultats et les prescriptions ne peuvent voyager électroniquement vers Sherbrooke ni vers d’autres laboratoires du territoire. Ce lien constitue le cœur même d’Optilab, ce qui fait dire à l’APTS que le CIUSSS «n’était pas prêt» à mettre en branle le processus.

Le CIUSSS de l’Estrie examine actuellement des solutions pour contrer ce problème, dont celle de mettre en place un <I>intergiciel<I>, c’est-à-dire un logiciel tiers en mesure de faire un pont. «Ils sont en train de travailler là-dessus, parce que le ministère leur a dit qu’ils devaient quand même aller de l’avant, même si le labo de Fleurimont est trop petit pour recevoir toutes les analyses», déplore M. Breton.

Avec un plus grand volume d’échantillons à traiter, le laboratoire central de Sherbrooke devra être revu, ce qui ne risque pas de se concrétiser avant 2024 ou 2025, avance le syndicaliste.

Un an d’incertitude

Le répondant régional de l’APTS l’admet: son organisation est en quelque sorte heureuse de constater que le projet n’est pas déployé de manière précipitée. Or, l’inquiétude, pendant ce temps, subsiste chez ses membres, et ce, en dépit d’une bonne collaboration avec l’employeur.

Si 49 postes à temps plein en laboratoire devraient être abolis sur le territoire du CIUSSS selon le syndicat, l’APTS ignore toujours à ce jour quel sera l’impact réel sur les employés de Cowansville et Granby, que ce soit en termes de perte d’emplois ou de démobilisation. «L’employeur nous dit qu’il veut le faire le plus humainement possible,  en essayant de ne pas aller vers des abolitions de postes, mais on voit les chiffres comme eux. Il n’y aura pas 49 retraites», explique M. Breton.Selon ce que rapportait le quotidien La Tribune l’année dernière, on parlerait de 27 emplois en moins à Granby, et de sept perdus pour le territoire de la Pommeraie.

En attendant, l’employeur ne remplace pas ceux qui quittent, que ce soit à la retraite, en congé de maladie ou en maternité. Cette situation tend à créer, selon le syndicat, une surcharge de travail pour ses membres.

Les yeux tournés vers Windsor et Coaticook

À ce jour, seuls les établissements de Coaticook et de Windsor sont connectés au nouveau réseau régional.  Le transfert des échantillons en microbiologie a d’ailleurs débuté l’automne dernier. L’APTS n’a pu encore avoir de retour formel sur cette première expérience. «La dernière fois qu’on l’a vu, l’employeur n’était pas capable de nous dire si des échantillons ont été perdus ou s’il y a en a qui n’étaient plus viables à l’arrivée. C’était trop tôt», explique Emmanuel Breton.

Notons que le syndicat a, à de nombreuses reprises, fait connaître ses inquiétudes et réserves en ce sens. L’organisation craint aussi que des patients soient contraints d’être prélevés une nouvelle fois en raison de potentielles problématiques de transport.

Au Québec,  environ 70 % des analyses médicales seront centralisées dans onze mégas laboratoires lorsqu’Optilab sera officiellement sur les rails. Le gouvernement provincial se donnait trois à cinq ans pour compléter cette grande réorganisation, enclenchée le premier avril 2017. Une période de 10 ans est toutefois prévue relativement à l’atteinte de son autofinancement.

Notons que le traitement des échantillons d’un patient admis à l’hôpital, quelque que soit le département, demeura traité entre les murs de l’établissement.