Quand les cadeaux de vos animaux vous mènent en affaires

AFFAIRES. Transformer un quotidien marqué par deux emplois en une entreprise mieux alignée sur ses priorités familiales. Tel est le parcours des dernières années pour la fondatrice de CaniCollecte, Danya Dallaire. L’entreprise de ramassage d’excréments d’animaux est devenue la première spécialisée dans ce domaine à Granby en janvier dernier.

Voir ces lignes peut mener à une réflexion profonde. Ce n’est pas tous les jours qu’une personne décide de se consacrer au ramassage des matières fécales animales pour en faire son emploi. On peut se demander ce qui a bien pu motiver Mme Dallaire de créer cette PME.

La réponse, des plus touchantes, a le potentiel d’en surprendre plusieurs. Mère d’un enfant autiste de sept ans ayant des besoins particuliers, elle avait deux emplois en même temps il y a quelques mois à peine, soit au service de traiteur Le Marmiton (à temps plein) et sa propre entreprise de confection de brownies (à temps partiel). La Granbyenne d’adoption souhaitait dédier plus de temps à son fils, ce qui était impossible avec un horaire stable.

L’idée de la collecte des excréments d’animaux lui est venue par hasard alors qu’elle était tombée sur une vidéo YouTube consacrée à ce sujet.

« C’est très populaire aux États-Unis. Ça commence à s’en venir ici. Je sais qu’il y a quelques entreprises du genre à Montréal et dans l’ouest du Canada. Il y a même des communautés sur les réseaux sociaux qui sont consacrées à cela. Ça fait quelques années que les membres font ça et ils me donnent des astuces », affirme Danya Dallaire.

Sortir des sentiers battus

Le ramassage de déchets animaliers est un emploi propice à une pléthore de préjugés. Les critiques n’atteignent toutefois pas la femme de 37 ans, une habituée de cette cassette.

« J’ai eu certains commentaires sur des publications Facebook. Des gens disaient que ça n’a pas de bon sens d’avoir un tel métier, que les propriétaires de chien devraient être plus responsables et ramasser les crottes de leur canin. […] Je vois ce service comme n’importe quel autre. Il y en a qui décident de nettoyer des maisons et de couper du gazon. Est-ce que ça fait d’eux des personnes paresseuses? »Non« , s’emporte-t-elle.

Chose certaine, la Lavalloise d’origine peut compter sur le soutien de son entourage… qui s’est avéré assez surpris de son choix de carrière.

Altruisme

Mais qu’est-ce qui la passionne vraiment dans la collecte des excréments d’animaux? Non, ce n’est pas l’emploi ni l’acte. C’est plutôt le fait de savoir qu’elle aide des individus » de façon concrète et plus originale« qui peut apporter »une grosse différence dans leurs vies« .

Des crottes d’animaux, il ne peut pas y en avoir tous les jours sur des terrains. Certains peuvent se questionner si une telle entreprise est assez rentable pour subvenir aux besoins de Mme Dallaire. Étant encore dans les balbutiements de sa PME, il est encore trop tôt pour donner une réponse.

 »C’est ma première année. Je n’ai pas encore fait les calculs prévisionnels. Compte tenu du fait qu’il n’y a aucune autre compagnie spécialisée là-dedans, il n’existe pas de données sur lesquelles je peux me fier, explique la trentenaire. Je pars sur une page blanche, comme on dit. Néanmoins, j’ai parlé avec des entrepreneurs. Ils m’ont dit que de réussir à avoir sept clients récurrents en moins de deux mois, c’est impressionnant et que ça va évoluer positivement.« 

Coulisses de sa routine

L’hiver n’est pas la meilleure saison pour le ramassage. Dans ce contexte n’est pas la meilleure des choses. Un quotidien pas si simple avant la folie du reste de l’année. »Avec mes clients récurrents de cet hiver, j’étais en service à toutes les semaines pour certains, tandis que c’était aux deux semaines ou une fois par mois pour d’autres. J’y vais quand même et je ramasse ce que je peux« , admet la fondatrice de CaniCollecte.

Sa journée typique débute vers huit heures du matin avec la collecte chez tous ses clients programmés. Elle revient ensuite à son domicile pour effectuer des tâches administratives. Une réalité qui risque d’être différente dans la longue saison forte.

Ambitions

Danya Dallaire en est bien consciente: elle devra impérativement diversifier ses revenus à l’avenir. C’est pour cette raison que la mère d’un enfant offre déjà des sacs ramasse-crottes à ses clients utiles lors de sorties à l’extérieur.

À long terme, Mme Dallaire souhaite nouer des partenariats avec des municipalités et des bâtiments d’habitation, notamment pour implanter des stations de collecte.