Relève assurée chez SunLouvre Pergolas

AFFAIRES. Ce n’est pas tous les jours qu’un jeune homme de 30 ans prend les commandes d’une importante entreprise québécoise. Quinze ans après avoir fondé SunLouvre Pergolas, les entrepreneurs Frédéric Pelletier et Annie Fortin ont récemment passé le flambeau à leur neveu, Maxime Fortin-Ménard. L’entreprise granbyenne, qui compte aujourd’hui une trentaine d’employés, amorce ainsi un nouveau chapitre sous la direction d’une relève de la nouvelle génération.

Il a été rejoint dans cette aventure par l’un de ses partenaires d’affaires, Cédric Brabant, devenu coactionnaire et vice-président. Ce dernier dirige également Groupe Bellon Prestige, un fournisseur.

Maxime Fortin-Ménard a débuté sa carrière dans la PME en 2019 au soutien technique et au service après-vente. Deux ans plus tard, il commence à acheter des parts dans le fabricant de toits de jardin haut de gamme. Se retrouver à la tête de celui-ci n’était pas du tout dans ses plans.

« Mon idée derrière tout ça, c’est que j’ai un côté très entrepreneurial depuis tout jeune. Puis, je voulais apprendre de personnes qui avaient bâti [une compagnie], donc mon oncle et ma tante. […] Je suis ingénieur mécanique de formation, le produit me plaît énormément. J’ai un grand atout pour venir apporter mes connaissances techniques [au produit] », souligne le nouveau président-directeur général de SunLouvre Pergolas.

Frédéric Pelletier et Annie Fortin n’ont pas pris cette décision sur un coup de tête. Pour eux, il allait de soi que la relève devait prendre le relais. Les Fonds régionaux de solidarité FTQ – Estrie ont aussi été impliqués dans le processus grâce à du soutien financier, dont la somme est demeurée confidentielle.

Le repreneuriat en voie de disparition?

Malheureusement, le repreneuriat se fait de plus en plus rare à Granby, peut-on lire dans le rapport annuel de l’année 2025 de Granby Industriel. SunLouvre Pergolas fait partie d’une poignée d’entreprises ayant réussi à passer le flambeau à la prochaine génération.

Par exemple, chez les entrepreneurs âgés de 46 à 55 ans, 63 % d’entre eux n’ont pas de relève identifiée et 62 % n’ont aucun plan en ce sens. À noter que 26 % des propriétaires de manufactures à Granby sont dans cette tranche d’âge, ce qui représente quelque 63 entreprises.

Dans le palier suivant, soit les 56 ans et plus, la proportion atteint 46 % dans les deux catégories. Cette tranche d’âge représente par ailleurs 34 % des dirigeants de compagnies manufacturières de la municipalité, soit 84 compagnies.

Granby, un terreau fertile, mais…

Que pense Maxime Fortin-Ménard de ces chiffres ?

« Je vois un grand potentiel d’affaires à Granby. Il y a beaucoup de baby-boomers en fin de carrière, puis énormément d’entreprises qui, je crois, ont le potentiel de continuer. Le gros problème, c’est qu’il y a un manque d’entrepreneurs qui veulent s’embarquer et s’engager. Aujourd’hui, les jeunes sont surtout intéressés à démarrer de zéro plutôt que de reprendre quelque chose déjà existant. Pourtant, beaucoup d’entreprises sont présentement disponibles », indique-t-il.

Le jeune homme d’affaires ne croit pas que le problème repose uniquement sur le manque d’entrepreneurs. Selon lui, certains dirigeants sont réticents à céder une entreprise « bâtie de leurs propres mains », tel leur « bébé ». La solution serait de « rendre les opportunités de repreneuriat plus attrayantes » en planifiant le transfert « plus tôt que tard ».

« C’est difficile pour un entrepreneur de penser à dire que je vais l’aider [le candidat de la relève] dans ma compagnie, lui vendre et prendre conscience qu’il va y avoir une fin pour le président sortant. Une fin qui peut être très intense émotivement parlant. […] C’est pour cela qu’un encadrement peut être effectué par la FTQ pour s’assurer de la meilleure transition possible », fait valoir le trentenaire.

« Un plan de relève, c’est quelque chose qui s’apprend avec le temps et qui s’échelonne sur plusieurs années. J’en vois le faire rapidement parce que le cédant est assez tanné, mais ça ne fait pas une belle transaction graduelle pour le repreneur », renchérit Maxime Fortin-Ménard.

Développement à petits pas

L’entrepreneur entend poursuivre les projets déjà entamés par ses prédécesseurs, dont un plan d’expansion aux États-Unis, très embryonnaire pour l’instant. La priorité reste toutefois le Québec, leur « grand terrain de jeu ».

« On met beaucoup d’énergie au niveau du Canada aussi, principalement l’Ontario. […] Les États-Unis, ça nous semble intéressant. Ce sont nos voisins et ils sont très proches. L’objectif à court terme est d’évaluer le potentiel là-bas et ce qu’on pourrait faire éventuellement. […] La guerre tarifaire ne nous influence pas nécessairement », conclut-il.