Sage-femme: une profession encore à démystifier

SANTÉ. Au moment où les premiers poupons nés avec l’accompagnement de sages-femmes en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi commencent déjà à marcher, il y a encore des pas de géants à franchir en matière de sensibilisation pour anéantir les mythes et amoindrir les préjugés.

Si les expériences positives voyagent via le bouche-à-oreille depuis que les services sont offerts à Granby et que les femmes sont relativement nombreuses à y avoir recours, il reste encore du chemin à parcourir afin de démystifier auprès de la population ces services offerts gratuitement, de façon sécuritaire et en toute légalité. C’est du moins ce qu’estime Sonya Tétreault, elle-même sage-femme au point de service mis sur pied l’an dernier.

«Il y a encore des gens qui pensent qu’on met des jupes tissées, qu’on utilise de l’encens pour arrêter le sang et qu’on joue du tambour pour faire sortir le bébé», lance en riant la professionnelle administrativement rattachée à la Maison de naissance de l’Estrie, à Sherbrooke.

S’il s’agit d’une blague, Mme Tétreault est bien consciente que la profession autorisée au Québec depuis 1999 est encore relativement méconnue. Cette dernière rappelle d’ailleurs que les sages-femmes ne pratiquent plus dans l’ombre et qu’une formation universitaire mène à cette profession strictement encadrée. «J’ai quatre ans et demi d’université, 132 crédits, je ne peux pas être plus spécialiste de mon domaine que ça», ajoute la diplômée de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Celle qui se spécialise dans les grossesses normales invite d’ailleurs les femmes intéressées par cette pratique naturelle misant sur l’autonomie de la femme à s’informer. Il importe d’ailleurs que cette décision vienne d’elles et qu’elle soit prise pour les bonnes raisons, ajoute-t-elle. «Si une femme est ici juste parce qu’elle a peur des aiguilles ou qu’elle souhaite accoucher dans l’eau, ce n’est pas une motivation suffisante». Elle ajoute que la pratique est basée sur la confiance mutuelle et le choix informé. En ce sens, la future maman est appelée à se prononcer sur de multiples éléments en cours de grossesse.

La patience est d’or…

Si elle croit qu’un certain temps sera nécessaire pour y arriver, Nathalie Scott, chef de service en périnatalité et petite enfance au sein du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, croit que la pratique fera sa place dans le système de santé actuel et auprès de la population. «Les gens vont réaliser que la pratique sage-femme en est une encadrée, avec des normes médicales et législatives, un ordre professionnel et un code de déontologie». Cette dernière espère en effet que le voile se lève sur cette vocation, pourtant très reconnue dans d’autres provinces canadiennes, par exemple en Colombie-Britannique. «On veut que les femmes aient le choix, sans préjugé et sans mythe entourant la pratique. Il faut faire les faire tomber, mais c’est la théorie des petits pas», défend Mme Scott.

S’accoucher soi-même

Anissa Guenfoud a choisi de mettre au monde le petit Théodore à la maison.

Le petit Théodore est né le 8 août dernier dans le lit de ses parents, Hugh Bowle et Anissa Guenfoud,  à leur résidence de Granby. Le bébé est l’un des 39 premiers poupons à voir le jour sur le territoire grâce à l’accompagnement de sages-femmes.

Pour sa maman, le choix d’opter pour l’accompagnement d’une sage-femme a été motivé par la volonté d’établir un véritable lien de confiance avec sa sage-femme, Sonya Tétreault, et d’avoir accès à un service personnalisé basé sur le respect. Il s’agissait aussi, pour elle, d’être davantage en contrôle des événements, du moins, dans la mesure du possible.

Si accoucher avec une sage-femme n’est pas l’affaire de toutes, Mme Guenfoud y a littéralement trouvé son compte, puisque la pratique redonne toute sa place à la future maman. «Sonya m’a souvent dit que ce n’est pas elle qui m’accoucherait, que ce serait moi qui m’accoucherais moi-même, avec son support. Ça, ça a vraiment résonné en moi», explique-t-elle, précisant qu’elle a retiré beaucoup de fierté de ces deux accouchements. Sa fille Adélia, 3 ans, est  aussi née grâce au soutien d’une sage-femme, mais à la Maison de naissance de Richelieu.

Satisfaite de sa décision, la dentiste de 35 ans avoue toutefois avoir dû faire face à de nombreux questionnements en provenance de membres de son entourage. «C’est sûr que c’est différent et que lorsque tu fais quelque chose qui sort des sentiers battus, il faut s’attendre à se faire poser des questions», fait-elle valoir, précisant que l’aspect sécuritaire de l’accouchement et la gestion de la douleur étaient les deux points qui sont le plus souvent ressortis.

Si elle a bien failli flancher durant le long travail menant à la naissance de son fils et demander d’être transférée à l’hôpital pour que sa douleur y soit soulagée, elle assure qu’accoucher sans épidurale demeure possible. De plus, la mère de famille précise s’être sentie en pleine confiance du début à la fin. Enfin, donner la vie chez soi revêt certains avantages. «J’ai accouché au mois d’août, donc j’ai passé de 2h à 4h du matin dans ma piscine chauffée à 95 degrés à faire de la brasse entre mes contractions», raconte-t-elle en riant. Elle estime avoir reçu pas moins d’une vingtaine d’heures d’accompagnement de sa sage-femme, ce à quoi elle n’aurait pas pu avoir accès dans le cadre d’un suivi de grossesse régulier.