Un bon entrepreneur sait prévoir sa relève

AFFAIRES. La relève d’entreprise représente un enjeu majeur pour l’économie québécoise. Granby et la Haute-Yamaska n’y échappent pas. Alors que 60 % des entrepreneurs manufacturiers de plus de 56 ans n’ont toujours pas identifié leur relève, voici trois portraits de transitions réussies.

Dans son bilan annuel 2014, Granby industriel a dévoilé les résultats de son sondage sur la relève. On apprend que 36 % des propriétaires ont plus de 56 ans, que 60 % d’entre eux n’ont pas identifié de relève et que 66 % d’entre eux n’ont même pas de plan!

Si l’on extrapole ces résultats à toutes les PME de détail et de service, cela représente un nombre impressionnant d’entreprises à risque.

Toitures Larose: la relève en support

Richard Larose travaille comme couvreur depuis de nombreuses années. Il a créé Toitures Larose en 2003. De trois employés, il est passé à sept il y a trois ans, puis à plus de 50 cette année et près de 100 d’ici deux ans!

Cette croissance fulgurante n’est pas étrangère à l’arrivée dans l’entreprise de son fils Marc-Édouard. Après avoir payé ses études sur les toits avec son père, celui qui se décrit comme «aucunement manuel» a fait des études en entrepreneuriat.

Depuis quatre ans, il prend de plus en plus de responsabilités et d’assurance dans l’entreprise. «Mon père me laisse énormément de place», reconnait-il. «Si je veux grossir, il faut que je délègue», justifie le père.

Le duo a établi sa relation sur la communication. Tous les jours, père et fils discutent de la vision de l’entreprise, des valeurs, des décisions à prendre. En mode acquisition, Toitures Larose a déjà absorbé deux compétiteurs et continue de traquer les occasions d’achats.

La PME spécialisée dans le bardeau souhaite devenir le plus gros couvreur du Québec. Son territoire s’étend présentement d’un bout à l’autre de l’autoroute 10, dans un couloir de 30 minutes de chaque côté.

Richard Larose rêve de transformer la profession en lui donnant une image plus professionnelle et en éradiquant le travail au noir. À son avis, le bardeau a mauvaise presse alors que les nouveaux produits sont très performants.

Marc-Édouard Larose devrait toucher cette année ses premières actions non votantes dans l’entreprise. Une relève à long terme qui a déjà une main sur le gouvernail.

Topring: une rare relève hybride

Louis Ménard était déjà un propriétaire de seconde génération. Depuis le 22 décembre 2013, une troisième génération a repris le flambeau. Trois partenaires se sont joints à lui, soit ses enfants Anne-Catherine et Alexandre, ainsi que Frédéric Théroux.

«On est un rare modèle hybride. Ça nous a forcés à avoir encore plus de rigueur que si c’était seulement la famille. Il fallait que ce soit juste», explique Louis Ménard.

L’homme d’affaires n’a jamais forcé la main de ses enfants. «On est allé étudier en affaires parce que ça nous intéressait», note Alexandre. Après avoir travaillé dans l’entreprise comme étudiants, le duo a été intégré au comité consultatif comme observateur.

«Ça nous a permis de commencer à comprendre les défis de l’entreprise», souligne Anne-Catherine qui a elle-même proposé ses services alors qu’elle travaillait pour une autre boîte.

Les trois repreneurs ont fait leur preuve en occupant plusieurs postes au sein de Topring. Ils ont aussi suivi bon nombre de formations grâce au Groupement des chefs d’entreprises du Québec et à Granby industriel.

Pour Louis Ménard, il faut savoir prévoir sa relève pour être un bon entrepreneur. «Ça fait partie des étapes d’un entrepreneur. Tu commences comme apprenti et tu deviens directeur général. Tu bâtis une entreprise et il faut un jour que tu passes à une autre étape», explique-t-il.

Son conseil serait d’ailleurs de s’y prendre tôt parce que le processus est long. «Il y a beaucoup de transferts et de connaissances à transmettre», souligne le mentor qui continue d’entrer au boulot chaque matin.

Jules Demers fait place à Michaël Langlois

Michaël Langlois est aujourd’hui propriétaire à 100 % de la Mercerie Jules Demers. Un transfert d’entreprise qui s’est échelonné sur cinq ans. Entre le jour où il a fait sa première proposition au fondateur du commerce et celui où il est devenu propriétaire, Michaël Langlois a dû faire ses devoirs.

«J’ai suivi des cours de couture, j’ai étudié à HEC Montréal en commerce de détail. J’ai prouvé mon implication à Jules», explique le jeune entrepreneur. Dans une industrie en pleine mutation, Michaël Langlois cherche à demeurer à l’avant-garde.

Celui-ci a acquis ses premières parts il y a trois ans et c’est à ce moment que le processus s’est accéléré. «On a vu que ça allait bien et que la réponse était bonne», explique-t-il.

D’après Michaël Langlois, il n’y a pas de secret à une bonne relève, sauf l’élaboration d’un bon plan et surtout que les premiers pas viennent du premier propriétaire. «Celui qui lègue doit évaluer si sa relève est en mesure de faire perdurer l’entreprise», soutient-il.