Une ex-physiothérapeute de Granby reconnue coupable

SOCIÉTÉ. Fanny Massé, une physiothérapeute de Granby qui avait tenu une séance de guérison religieuse avec l’Église Fondation au parc Daniel-Johnson le 22 juin 2025, a été reconnue coupable par le Conseil de discipline de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ) de deux chefs d’accusation liés à cet événement.

L’autre geste condamné est une vidéo publiée sur TikTok 12 jours avant l’activité. On pouvait y voir la représentante de l’église, qui se décrivait comme « une disciple de Jésus », pratiquer une session de guérison sur un cycliste.

Contexte

Dans l’extrait, devenu viral avec plus de 200 000 visionnements et supprimé depuis plusieurs mois, l’homme avait avoué ressentir des douleurs à la hanche.

Questionné par Mme Massé pour savoir la gravité de sa blessure sur une échelle d’un à dix, le cycliste avait répondu « neuf sur dix ».

Pour tenter de le guérir, la représentante avait posé sa main sur la partie du corps endolorie du cycliste pendant quelques secondes. L’homme supposait « avoir été guéri et libéré de toute douleur » à la hanche grâce à cette technique.

Dans son édition du 2 juillet 2025, le GranbyExpress avait d’ailleurs révélé cette affaire au grand jour. Contacté par le journal, le conjoint de Fanny Massé, un certain Jeffrey, avait mentionné que la douleur du cycliste était « jugée de façon subjective » et qu’il a été soigné « par prière au nom de Jésus ».

« Jeffrey » conseillait également aux cas plus sévères « d’aller à l’hôpital au plus vite », mais que « des prières sont aussi efficaces » pour tenter de soigner. Il soulignait que c’est Dieu qui « a inventé la médecine » et que « tout est possible ».

Radiation et amende

L’OPPQ avait été saisie de l’affaire à la suite de la diffusion de la vidéo et du signalement de la séance de guérison religieuse du 22 juin 2025. Une enquête avait été déclenchée dans les jours suivants en vertu d’une plainte formulée le 25 mars dernier par la représentante de syndique adjointe de l’Ordre, Diane Breton.

L’organisation estime que les actes posés par Mme Massé ont contrevenu à des articles du Code des professions (pour la journée de séance de guérison) et du Code de déontologie des physiothérapeutes et des technologues en physiothérapie (pour la vidéo du cycliste soigné).

La disposition du Code des professions est l’article 59.2, qui stipule qu’aucun professionnel « ne peut poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la discipline des membres de l’Ordre ni exercer une profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui est incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice de sa profession ».

Une période de radiation exécutoire de 45 jours a été imposée à Fanny Massé dans l’éventualité où elle réintégrerait l’OPPQ, elle qui n’exerce plus le métier de physiothérapeute. La femme s’est aussi retirée le 11 mai dernier du Tableau de l’Ordre de « façon volontaire » pour « poursuivre ses activités religieuses ».

Dans le cas du Code de déontologie des physiothérapeutes et des technologues en physiothérapie, c’est plutôt l’article 83. Ce dernier précise qu’un membre ne peut associer ou permettre que soit associé « son titre professionnel à son nom dans une publicité destinée au public afin de promouvoir la vente d’un produit ou d’une méthode susceptible de nuire à la santé ou d’un traitement produisant des effets plus grands que ce que l’état actuel des connaissances suggère ».

Cette fois, la sanction est plus sévère. Une deuxième période de radiation, d’une durée de deux mois, a été prescrite à la professionnelle. Elle devra également verser une amende de 2 500 $, payable en six versements mensuels consécutifs.

Pas contre la religion, mais…

Le Conseil de discipline de l’OPPQ ne reproche pas à la dame ses croyances religieuses. L’organisation a surtout été irritée par la promotion, dans des lieux publics, de méthodes de guérison non reconnues scientifiquement. Des pratiques qui ont contribué à « mettre en péril la protection du public » en plus de « miner la confiance des gens envers la profession ».

Le comité a considéré un facteur atténuant dans le dossier. Selon ses membres, Fanny Massé est une personne qui était « dépourvue de toute intention malveillante », qui « voulait faire le bien autour d’elle », qui pensait soigner « de la manière qu’elle jugeait appropriée » et que son objectif « n’était pas de nuire au public ».

Toutefois, les comportements exposés dans les nombreux extraits sur la page Les petits Christs (qu’elle partage avec son conjoint Jeffrey) ont été répétés sur une « trop longue période ». Un facteur aggravant.

Les parties plaignante et intimée s’étaient entendues pour que certaines vidéos, dont celle mettant en scène le cycliste, soient retirées de toutes les plateformes numériques. Or, Mme Massé a tardé à les supprimer.

Finalement, le risque de récidive de l’accusée a été jugé « faible ».