Une radio locale toujours debout

HISTOIRE. On le sait, Granby est une voisine de Montréal. Les façons de faire de la métropole se transmettaient facilement au début du 20e siècle, notamment au niveau radiophonique, alors que Granby était à la recherche d’une identité régionale. Fondée en 1945, la station de radio CHEF 1450 diffuse pour la première fois le 14 mars 1946. Ayant frôlé la mort durant les années 1990, ce qui est maintenant connu comme étant M105 est encore bien ancré dans la communauté de nos jours.

Véritable lieu d’expérimentation pour les jeunes d’après-guerre, CHEF 1450 réussi à innover sur-le-champ avec la mise en place d’un radio-théâtre hebdomadaire à saveur 100 % locale. Créations littéraires d’auteurs du coin, comédiens des environs, ce format sera diffusé de 1947 à 1952.

L’instabilité du personnel et les coûts dispendieux pour maintenir ce concept auront raison de ce dernier. Serait-il possible de voir quelque chose du genre aujourd’hui à M105, le descendant de CHEF 1450? Sans explicitement répondre, le directeur général (DG) de la station de radio, Guy Laporte, affirme « qu’il n’est pas facile d’imaginer comment transposer un concept vieux de 80 ans à la réalité actuelle ».

L’historien à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY), Mario Gendron, va plus loin. Selon lui, Granby a encore une identité régionale, mais peut-être moins forte qu’avant.

« À l’époque, les gens du domaine culturel pouvaient faire carrière à Granby. Il y avait énormément de public, une effervescence. De nos jours, il y a une sorte de petite montréalisation. Les opportunités sont meilleures ailleurs. […] Également, ce n’est plus autant une pépinière à artistes. Avant, il y avait Pierrette Robichaud Lafleur, Marie et Marcelle Racine, Roger Matton et Wilfrid Lemoyne, pour ne nommer que ceux-là. Ils ont tous connu de grandes carrières à l’échelle provinciale par la suite », explique-t-il.

Entrevues exclusives

CHEF 1450 n’était pas seulement réputée pour son radio-théâtre hebdomadaire. Du vedettariat international de prestige a été en visite durant cet âge d’or. Parmi ces personnalités connues, l’acteur marseillais Fernandel, la chanteuse parisienne Édith Piaf et le chanteur québécois Michel Louvain au sommet de sa carrière dans les années 1960.

« Les vedettes étaient surtout françaises. Aujourd’hui, elles sont plus américaines. C’est certain que c’est un aspect qui n’aide pas actuellement pour attirer d’aussi grandes célébrités. En même temps, les gens voyageaient moins. Ce n’est pas tout le monde qui avait une voiture, donc il n’y avait pas autant d’individus qui se rendaient à Montréal pour des spectacles ou des événements », précise M. Gendron.

Revenir vers les jeunes

La station de radio réussissait même à attirer jeunes et moins jeunes. Radio-théâtre hebdomadaire, émission spéciale consacrée à des souhaits personnels (santé, bon anniversaire, messages amicaux), énorme flot de nouvelles sportives, tournée des cabarets dansants dans des grills de Granby les samedis soirs, programmation à 60 % musicale, genres variés pour tous (be bop, swing américain, musique militaire, classique, bal musette, chansonnette française). Une forte présence bien ancrée, que ce soit par les ondes ou sur le terrain.

Séduire les jeunes est aujourd’hui un enjeu pour plusieurs stations de radio. À ce propos, le DG de M105 admet « ne pas avoir beaucoup d’écoute » chez les 18-24 ans. Cependant, 72 % de son auditoire se situe dans la tranche d’âge des 25-54 ans, ce qui le rassure un peu, tout en reconnaissant qu’il y a du travail à faire.

« La radio a le défi de savoir parler à toute la population, dont les jeunes. Je peux dire que c’est un défi qui est en cours de réflexion dans toutes les stations du Québec, incluant M105. Malheureusement, la recette n’a pas encore été trouvée pour savoir comment capter les jeunes », déclare Guy Laporte.

Fidélité

M105 compte 60 000 à 65 000 auditeurs par semaine sur son territoire, incluant Granby et les environs, selon des données de la plateforme infonuagique de mesure d’audience radio québécoise StatsRadio fournies par la station.

Selon d’autres données, cette fois-ci de Numéris, remontant toutefois à 2022, M105 occupait 20 % des parts de marché au niveau radiophonique à Granby. Un chiffre bon pour le premier rang devant les stations montréalaises à l’époque malgré une offre musicale inchangée pendant très longtemps.

Adaptation

C’est lors de cette même année que la station a changé sa programmation musicale en intégrant le genre new country, des succès plus modernes et des chansons de style pop plus rythmées. Laissant encore de la place aux artistes locaux du même coup.

« On s’est rendu compte que le festival LASSO à Montréal est extrêmement populaire. Ça s’est fait ressentir chez les diffuseurs locaux et les salles de spectacle. On a remarqué une effervescence sur notre territoire aussi. C’est alors qu’on s’est mis à programmer du country les fins de semaine. En procédant ainsi, on a observé 15 % à 20 % d’augmentation d’écoute les fins de semaine », mentionne M. Laporte.

Prendre le pouls

M105 fait affaire avec plusieurs services d’analyse musicale depuis une dizaine d’années, une des rares stations indépendantes au Québec à effectuer de la recherche musicale.

« Quand on joue une chanson ici, c’est parce qu’on sait qu’elle a un potentiel. Par exemple, on est capables de suivre les tendances du streaming dans la région, ce qui est le plus téléchargé. Ça va nous donner une indication sur l’intérêt de la population ou d’un groupe d’âge envers la chanson en question. Ça va influencer notre décision de la faire jouer à répétition ou non. […] On fait ça pour s’assurer que la programmation musicale soit bien alignée sur les goûts et consommation des auditeurs dans la vie de tous les jours », fait savoir le DG de M105.

Dans le même élan d’idées, la station de radio a vu émerger le phénomène qu’est la baladodiffusion au cours des derniers temps. Ce concept en croissance n’est pas considéré comme un adversaire, mais plutôt comme une « option supplémentaire » à son offre.

La nouveauté la plus récente est un vidéojournal hebdomadaire de l’actualité locale. Une autre façon de rejoindre un auditoire plus jeune.

« C’était une volonté de la station. C’était un de mes projets fétiches depuis quelques mois. Ça faisait longtemps que je songeais à le réaliser [ce projet]. L’équipe avait aussi envie de le faire. On a fini par trouver le bon moment pour le faire », conclut Guy Laporte.