Waterloo: Santé Courville veut les 22 places promises au CHSLD Horace-Boivin

SANTÉ. La résidence Santé Courville de Waterloo est bien loin d’avoir abandonné l’idée d’agrandir ses installations pour y ajouter de nouvelles places subventionnées en soins longue durée. Portant désormais un nouveau projet, sa direction souhaite, près de deux mois après l’annonce du maintien de 22 des lits du CHSLD Horace-Boivin, que le gouvernement Couillard revoie ses intentions et les lui concède.

Le 26 janvier dernier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, était de passage au CHSLD Horace-Boivin, menacé de fermeture dû à la vétusté du bâtiment. Mettant fin à des mois d’attente, l’élu annonce alors des rénovations à la hauteur de 4,8 millions $: à terme, 22 des 43 résidents pourront y demeurer tandis que les autres devront être relocalisés dans un futur centre d’hébergement de 176 lits qui sera construit à Granby.

Si elle n’utilise pas le mot «reculer» mais bien «avancer», l’administratrice de Santé Courville, Christine Durocher, souhaite que le provincial change ses plans. Un projet a déjà été déposé au gouvernement et présenté aux familles des résidents suite à la conférence de presse de janvier. «Il faut faire un choix, clairement. Est-ce qu’on décide de prendre l’argent des contribuables pour rénover une bâtisse sur laquelle on va devoir retravailler dans 15, 20 ans, ou est-ce qu’on laisse Santé Courville s’agrandir pour donner aux résidents un chez-soi neuf, en béton, prêt en dix mois?», lance-t-elle. Les coûts de la construction, non précisés, seraient en totalité absorbés par l’entreprise.

«Ça ne coûterait pas plus cher aux résidents, les employés pourraient travailler avec les mêmes avantages, il faut juste faire suivre le budget (d’opération). Les gens pourraient en bénéficier plus rapidement et n’auraient à déménager qu’une seule fois», poursuit-elle, faisant référence au fait que les 22 personnes qui demeureront au CHSLD Horace-Boivin devront vraisemblablement être déménagées le temps des travaux, ce qui pourrait, à son avis, leur occasionner un stress additionnel.

Selon Mme Durocher, l’initiative n’enlève rien à «l’extraordinaire travail» abattu par le comité de sauvegarde du CHSLD Horace-Boivin, qui, au terme d’une vaste mobilisation, est parvenu à convaincre Québec de couper la poire en deux.
Les plans de la nouvelle construction de Santé Courville comprennent, entre autres, une cour intérieure, un sentier asphalté et une salle à manger orientée vers le boisé. «C’est le même environnement pour les résidents. Tout le volet nature, on l’a», souligne-t-elle.  Les chambres, privées, compteraient toutes leur propre salle de bain.

Questionnée par le GranbyExpress à savoir quelles sont les prochaines étapes de la croisade de l’entreprise auprès du ministère, Mme Durocher répond simplement que l’établissement  en est encore à «répondre aux questions». Rappelons que la résidence avait discuté informellement de plusieurs propositions avec Québec, en plus de soumettre officiellement un projet cet automne. Il s’agissait d’ajouter onze lits à l’espace du CHSLD et 32 places de catégorie «ressource intermédiaire» dédiées aux personnes âgées composant avec une perte d’autonomie de légère à moyenne.

Ayant pris acte de la décision du ministère de la Santé de conserver 22 lits à Waterloo, l’entreprise a toutefois mis de côté ses autres idées, préférant désormais tabler sur sa nouvelle initiative.

Déshabiller l’un pour habiller l’autre

Une représentante du comité des résidents de Santé Courville s’est adressée aux élus lors de la séance régulière du conseil municipal de Waterloo du 10 avril dernier. La dame leur a demandé d’appuyer le projet de la résidence privée au lieu de la réfection promise au CHSLD Horace-Boivin. Cette intervention ne découlait pas, précise Christine Durocher, d’une direction de la direction.

Prudent, le maire, Jean-Marie Lachapelle, a indiqué être bien au fait de l’initiative du propriétaire des lieux, Kenneth Courville, l’ayant rencontré à deux reprises à ce sujet.  Pas question, toutefois, d’avantager un projet au détriment de l’autre. «On n’est pas contre les projets qui sont présentés,  mais on ne veut pas, justement, que l’un soit fermé pour que l’autre puisse fonctionner», a-t-il rappelé.

Diviser la population

Ayant mené le combat pour que le CHSLD Horace-Boivin soit maintenu, Annie Gaudreau se range du côté du premier magistrat, arguant qu’il y a de la place pour tous ; à preuve, les deux établissements cohabitent depuis de très nombreuses années. «Ce que je vois, c’est que l’on tente de mettre de la pression au niveau du conseil de ville et aussi d’un peu mélanger la population. Même, à la limite, j’ai le sentiment qu’on veut la diviser. C’est comme si les gens devaient choisir leur camp», déplore-t-elle, perplexe.

La militante continue de croire que le projet annoncé par le gouvernement Couillard ira de l’avant: «Le ministre Barrette a pris une décision et moi, je continue de faire confiance». Cette dernière a d’ailleurs récemment pris contact avec son cabinet afin d’obtenir des spécifications sur les étapes à venir.

Les appels d’offres du CHSLD de Granby, qui sera construit avant que ne soient déclenchés les travaux au centre d’hébergement Horace-Boivin, n’avaient pas encore été lancés au moment d’aller sous presse. Le maire de Granby, Pascal Bonin, et le député de la circonscription, François Bonnardel, ont d’ailleurs récemment fait une sortie médiatique à ce sujet, faisant valoir à Gaétan Barrette que l’attente avait assez duré.