Festival au lac: une croissance à 20 heures par semaine

CULTURE. Passer 20 heures par semaine à organiser un festival, en plus d’avoir un emploi à temps plein, n’est pas une chose facile. C’est pourtant la réalité du programmateur du Festival au lac, Jean-Philippe Locas, et de son équipe. Planification du spectacle du groupe punk américain Pennywise lors de la première édition, défis, budget, plan d’affaires. Il s’est confié en toute transparence au GranbyExpress sur les coulisses de ce rendez-vous culturel annuel.

Ces 20 heures de travail par semaine se déroulent en soirée voire jusqu’aux petites heures du matin. Du temps personnel sans salaire. Son emploi en programmation et installation de système de domotique chez L3 Domotique, ajouté à ses autres engagements, porte son temps de travail à plus de 60 heures par semaine. Un rythme pas toujours agréable, mais propulsé par la passion du trio d’organisateurs (Steven Charland, Jean-François Bombardier et Jean-Philippe Locas) pour le metal.

« Tu ne peux pas savoir le nombre de moments dans l’année qu’on est découragés parce qu’on est fatigués, qu’il y ait des affaires qui ne vont pas comme qu’on veut, qu’on s’est fait dire non par des partenaires ou des groupes, s’est exclamé Jean-Philippe Locas. On travaille souvent jusqu’à 4h du matin pour juste finir un document dans lequel on était en retard en raison du fait que nous étions très occupés avec nos emplois à temps plein. Ce ne sont pas toutes des tâches plaisantes, mais ce n’est pas ça qui va nous arrêter. On se laisse driver par notre passion et notre rêve de ti-cul d’organiser un événement comme celui-là. »

Partir sur les chapeaux de roue

Rappelons que l’événement avait connu un grand retentissement dès sa première année d’existence. Le fruit d’un travail acharné et d’un grand coup bien calculé: réussir à attirer le quatuor de Pennywise à Granby. Un moment charnière pour les années suivantes.

Le coût pour avoir le célèbre groupe ? Dans les cinq chiffres seulement.

Le Festival au lac avait réussi à s’entendre sur une collaboration avec le Red Bridge Fest à Pont-Rouge. Dans le cadre de ce partenariat, cet événement fondé en 2019 fournissait certaines de ses têtes d’affiche. Ainsi, une offre commune qui permettait de réduire les coûts pour les deux rendez-vous culturels.

« Ç’a fait une énorme différence. Nous [le trio d’organisateurs], on est des gros fans [du groupe] depuis qu’on est adolescents. Ça nous a motivés pour qu’on se donne et qu’on s’investisse. […] La première année, on n’avait aucune idée comment ça marchait [d’organiser un festival], a expliqué M. Locas à propos des impacts de la venue de Pennywise en 2023. Donc, les avoir, ç’a créé l’effet escompté. On a entendu beaucoup de personnes se demander d’où sortait ce nouvel événement […] Je n’ai pas d’exemples d’un autre festival qui est parti gros comme ça pour une première année. »

Gestion serrée

Sur un budget de 1,5 M$ (montant dévoilé par La Voix de l’Est en septembre dernier) pour organiser ce rendez-vous culturel, près de 60 % de cette somme, soit un peu plus de 800 000 $, est utilisée pour la signature d’environ 17 artistes par édition qui seront présents. Un réel tour de force dans une approche prudente des dépenses, question d’éviter le fiasco qu’a connu le festival cowansvillois Soif de musique, l’été dernier.

Rappelons que les gestionnaires avaient investi lourdement dans la venue d’artistes internationaux tels que Milky Chance, Shaggy, Billy Talent et Bad Religion. Une situation qui les a laissés dans une situation financière précaire.

« C’est inacceptable. De ne pas payer des fournisseurs et des groupes, en plus de ceux locaux, ça ne nous arrivera jamais. Chaque dépense qu’on fait est en fonction d’un budget précis. […] On ne brûlera pas d’étapes dans notre croissance. […] Vouloir faire le coup de circuit tout de suite, ça mènerait à notre perte. On n’aura jamais un band qui vaut 1 M$ à Granby. Peut-être dans très longtemps, mais ce n’est pas dans les plans pour les prochaines années », a avoué le programmateur de Festival au lac.

« Ça ne prend pas nécessairement des gros noms pour avoir du succès. Nos artistes ne sont peut-être pas connus au niveau mainstream, mais ils sont bien populaires dans la communauté du metal », a-t-il poursuivi.

En pleine croissance, le Festival au lac s’en sort bien. Selon le plan d’affaires, qui couvre les cinq premières années du rendez-vous culturel, des déficits étaient anticipés de 2023 à 2025, avant une réduction en 2026, un équilibre en 2027 et des profits en 2028.

Plans pour l’avenir

Ce ne sont pas les ambitions qui manquent à long terme pour l’organisation du Festival. Parmi leurs idées, un projet de célébrations de fin de soirée (plus communément appelé des after) sur un terrain vaste pouvant accueillir de 200 à 300 personnes est dans les cartons. 

L’ajout d’une deuxième scène (plus petite) sur le site de l’événement fait partie également des plans futurs. L’objectif serait d’avoir de la musique en continu pendant qu’un autre groupe prépare sa prestation sur la scène principale.

La troisième amélioration majeure visée serait le rehaussement de l’offre d’activités sur le site.