L’humour comme manière de s’intégrer à la société québécoise

CULTURE. Après un manque dans le domaine hôtelier à Granby, un autre est comblé cette année: des ateliers pour apprendre les rudiments de l’humour. Organisés par Michael Larraguibel et son organisme sans but lucratif (OSBL), Drôle en Estrie, ces cours ont comme but d’aider la communauté immigrante à créer un pont entre leur culture et le Québec, puis de faciliter l’apprentissage plutôt que de s’exercer dans de grands centres comme Montréal et Sherbrooke.

Les origines de cette initiative viennent d’un appel à projets de la Ville de Granby et du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration pour des activités visant à aider les groupes ethnoculturels que l’homme aux racines chiliennes a vu passer.

“À l’époque, à Granby, il n’y avait pas vraiment d’endroits où on pouvait pratiquer quoi que ce soit. […] J’avais la volonté d’offrir une place au monde du coin pour leur permettre de voir s’ils ont la piqûre du stand-up, qui gagne en popularité depuis quelques années”, a affirmé celui qui travaille aussi dans l’art de rue.

Ses ateliers, qui comptent près de dix participants à l’heure actuelle, sont étalés sur dix semaines. La première moitié est consacrée aux outils qui existent pour composer une blague ou parvenir à des effets comiques, dont le professeur a lui-même apprivoisé. Après les cinq premiers cours, les quatre suivants se concentrent sur la préparation d’un numéro de cinq minutes présenté devant public au Kool Club lors de la dernière semaine.

“J’ai toujours voulu faire des ateliers d’humour et de donner des outils aux gens pour expérimenter ça. C’est quand même la discipline la plus populaire au Québec et il ne faut pas penser que c’est pratiquement inaccessible, a-t-il mentionné. […] Puis, j’aime bien mieux écouter des humoristes qui viennent de la communauté immigrante, car leur point de vue, leur angle et leur histoire sont complètement différents de ce qu’on entend tout le temps des humoristes québécois.”

Plus que de l’humour

M. Larraguibel tient cependant à nuancer la pertinence de ses cours. Bien que certains aspirent à travailler dans le domaine de l’humour, l’objectif est de donner des ressources en communication.

Cela passe par savoir ce qu’est un procédé humoristique, de même que la règle de trois, technique structurelle qui consiste à présenter trois éléments, dont les deux premiers établissent un schéma ou une attente, et le troisième brise cette attente par une chute inattendue et comique. Des choses qui peuvent servir dans des présentations orales, des conférences ou l’écriture de courriels.

“Je leur laisse carte blanche pour leur imagination. Je ne leur impose rien. Je leur donne les outils, je ne les force pas à tous les utiliser. Mon espoir, c’est qu’ils parlent un peu de leur histoire, admet l’homme âgé de 35 ans. S’ils ne sont pas prêts à en parler, c’est correct aussi. Je veux qu’ils aient du plaisir à écrire un numéro et être bien sur scène. De plus, peu importe le sujet qu’ils décident de prendre, ça va être teinté de leur histoire et ça va faire quelque chose qui est différent.”

Il cite un drôle d’exemple. “Si tu me parles de camping, eh bien, je ne pense pas que ton camping est comme celui du Québec pour Amir qui vient de la Tunisie. Déjà là, sur un sujet complètement québécois, ton angle va être unique grâce à une vision quelque peu étrangère et des connaissances différentes sur ça.”

Liberté

Son travail ne consiste pas à “donner des exercices à faire à la maison sur l’apprentissage de la langue française”, précise-t-il. Le Sheffordois d’origine veut les voir “s’amuser avec le français et leur langue maternelle.

Quel est son avis sur l’état de la situation actuelle au Québec ? “Je n’aime pas qu’on oblige les arrivants d’être bons en français et tout connaître sur-le-champ. Ils ont tellement d’autres choses dans leur réalité: l’apprentissage d’une nouvelle façon de parler, une nouvelle culture et essayer de survivre dans ce contexte-là. Ce ne sont pas eux qui doivent être ciblés.

Le propriétaire de Bazar Production propose une solution: faire le processus dans un sens inverse. “Au lieu de leur dicter quoi faire, il faudrait juste montrer à leurs enfants avant. Ils vont y adhérer dès le primaire, ils vont vouloir s’y intéresser. De mon côté, je l’ai appris moi-même à mon père, comme qui était Guy Lafleur aussi.”

Un groupe suit déjà des ateliers à chaque mardi depuis le 16 septembre dernier et leur prestation finale sera au Kool Club de Granby, le 18 novembre prochain, à 19h. Pour participer à de futures séances au cours des prochains mois, il est possible de le faire en contactant l’OSBL Drôle en Estrie sur sa page Facebook.