Maude Brodeur: bâtir une identité musicale entre plusieurs genres
CULTURE. Participer à La Voix à l’âge de 15 ans, tout en étant très médiatisée, peut-être traumatisant. Une fois l’émission terminée, certains jeunes artistes vivent un grand vide, perdent le goût de leur passion ou peinent à retrouver leur place. Cependant, pour Maude Brodeur, c’est tout le contraire. D’abord un simple plaisir, c’est grâce à l’émission qu’elle a commencé à envisager une carrière dans la musique…pas comme les autres.
Finaliste dans plusieurs festivals au cours des années 2010, dont le Petit Festival international de la chanson de Granby en 2014, Maude Brodeur avait le vent dans les voiles dans sa jeunesse, tellement qu’elle n’a pas eu à convaincre les recruteurs de La Voix pour participer aux préauditions; ce sont eux qui l’ont approchée, séduits par les vidéos qu’elle publiait sur les réseaux sociaux.
Toutefois, plutôt que de viser le succès, la jeune femme de 24 ans cherchait à « gagner de l’expérience ».
« Je faisais plusieurs concours à l’époque. Je me lançais dans tout ce qui s’offrait à moi au niveau du chant. […] J’envisageais quand même d’avoir de bonnes chances d’être à l’émission, mais je suis très rationnelle dans la vie, donc je considérais aussi la possibilité que ça ne fonctionnera pas. Ce n’est pas juste un concours: c’est un jeu télévisé. À vouloir se faire trop d’attentes parfois, tu peux juste être déçue… et je n’aime pas l’être », a-t-elle admis sur un ton serein.
Laisser aller la fenêtre d’opportunité, ambitieux?
Lors de cette édition 2018 (la sixième saison), l’Abbotsfordienne d’origine, qui était dans l’équipe de Garou, s’était rendue jusqu’à l’étape des duels. Elle estime que la visibilité suivant l’émission dure en moyenne un an pour les participants.
« Les gens oublient assez rapidement. Dès la prochaine édition, ils pensent aux nouveaux visages. Tu ne peux pas baser toute ta carrière là-dessus. Tu dois entreprendre des choses après. […] Oui, j’ai réalisé tout ça rapidement, mais ce n’était pas nécessairement négatif de mon côté. Je ne l’ai pas vu comme un apogée, plutôt un point de départ pour ma vie. J’étais vers la fin de l’école secondaire, donc le cégep débutait prochainement », a affirmé celle qui a vécu une partie de sa vie à Granby.
Entreprendre des choses après, c’est ce qu’elle a fait malgré l’engouement passager. Elle s’est inscrite dans un programme de musique au Cégep Marie-Victorin à Montréal pour le début de son développement en tant qu’autrice-compositrice-interprète. Un processus qui se poursuit aujourd’hui, alors que son baccalauréat en musique jazz à l’Université de Montréal s’est conclu en mai dernier.
Chose certaine, l’étiquette de La Voix, elle ne l’a plus depuis longtemps. « Ailleurs au Québec, les gens regardaient mon visage, mais n’étaient pas certain si c’était bel et bien moi. De nos jours, c’est très rare [qu’on m’associe à l’émission]. Ça fait plusieurs années qu’on ne m’a pas dit que j’étais la fille de La Voix. Il y en a même qui me demandent si ça me tenterait de faire l’émission… sans savoir que je l’ai déjà faite [rires]! »
Curiosité
Folk, jazz, comédie musicale, soul, pop, punk, rock. Maude Brodeur est l’une des rares artistes à posséder une telle polyvalence en genres musicaux. Ce côté touche-à-tout ne vient pas de La Voix ni de ses diplômes. Perfectionniste depuis toujours, c’est dans ses débuts que cette richesse musicale a germé, soit comme élève au Centre vocal sous l’égide de son professeur et ex-propriétaire de l’établissement, Olivier Chagnon.
« Je carbure aux défis. Le fait d’explorer différents styles en était un. Chaque fois que j’en essayais [de nouveaux défis], j’apprenais de nouvelles techniques vocales qui me permettaient de devenir une meilleure chanteuse, musicienne et coach vocale [elle a démarré sa propre entreprise d’enseignement de chant]. […] Ça me donne plus d’inspiration dans mon travail, de confiance sur scène », a déclaré la Montréalaise d’adoption.
Plus petit, plus le « fun »
Au fil des années, l’autrice-compositrice- interprète en devenir a multiplié les spectacles dans les restaurants, les bars et les parcs. Des endroits « plus intimes » qui lui donnent l’occasion de se montrer vulnérable, de faire mieux découvrir son art, d’avoir une plus grande liberté dans son répertoire et de faire entendre sa voix brute. La proximité avec le public est une valeur chère à la mélomane.
« Quand tu n’as pas mille instruments sur la scène et des accessoires électroniques, ça laisse place à l’étendue de ton talent. […] Tu peux aussi entendre toutes les subtilités d’une chanson que tu ne peux pas entendre dans des grandes salles », a admis la fanatique du concept américain Tiny Desk Concert, une série de concerts intimes et acoustiques produits par la radio publique américaine NPR Music à Washington.
Avenir
Les études terminées depuis quelques mois, Maude Brodeur se concentre désormais sur la préparation de son premier EP dont la composition débutera vraisemblablement en 2027. Elle souhaite garder le mystère autour de ce projet, qui pourrait prendre plusieurs directions grâce à sa grande polyvalence musicale.
« J’ai une demande de financement en cours [pour mon EP]. Elle va très probablement se concrétiser! », s’est-elle exclamée.
De plus, la jeune artiste compte éventuellement participer au Grand Concours Hydro-Québec du Festival international de la chanson de Granby (FICG).
Comme les pièces d’un casse-tête, les différentes étapes de son parcours finissent par former un tout.
