C’est parti pour le chantier de GNR Shefford

AFFAIRES. En préparation depuis cinq ans, l’aménagement d’une usine de biométhanisation dans le Canton de Shefford alimentée à partir de matières organiques se matérialise. Évalué à environ 27 M$, le chantier de GNR Shefford a officiellement débuté ces derniers jours. Un gros coup de barre à donner afin d’être prêt à produire du gaz naturel renouvelable (GNR) dès octobre 2026.

Les travaux d’excavation vont bon train sur la propriété agricole du chemin Bell où l’entrepreneur Paul Sauvé entend transformer des déchets organiques (lisier solide de bovin, crottin de cheval, copeaux de bois) en GNR. Dans les derniers jours, le GranbyExpress a d’ailleurs eu accès au chantier en pleine transformation.

Financement (public et privé), certifications et autorisations en main, le promoteur a donné récemment le coup d’envoi à son projet de biométhanisation. Après quelques travaux de dynamitage, l’homme d’affaires est paré à se lancer dans les préparatifs en vue de l’élévation du bâtiment principal qui doit accueillir tout l’appareillage pour produire du GNR.

«Notre objectif pour cet été, c’est d’ériger le bâtiment B à l’intérieur duquel toute la mécanique de procédé va être située (…). Tout va être encapsulé, il n’y aura aucune opération à l’extérieur», laisse entendre M. Sauvé. 

«Comme technologie, nous avons choisi un procédé américain pour la biodigestion. C’est un gros biodigesteur intégré à une grosse fosse septique qui agite le digestat. Le gaz se crée et il est ensuite capturé puis filtré avant d’être envoyé au pipeline», renchérit-il.

Rappelons que le biogaz produit sur le chemin Bell sera acquis par Énergir qui a signé une entente d’approvisionnement avec GNR Shefford. Pour sa production gazière, Paul Sauvé estime être en mesure de livrer annuellement entre 2,5 et 2,8 millions de mètres cubes de GNR à Énergir. 

Prochainement érigée à l’arrière de bâtiments agricoles déjà existants, la future installation de transformation de GNR a été imagée afin de respecter l’état des lieux, selon l’architecte Allan Bellavance. «L’un des défis était de camoufler les éléments techniques du système (de biométhanisation) en utilisant des bâtiments qui vont avoir la même allure que les bâtiments qui sont présents sur le site actuellement.» 

Pour ses premiers pas en biométhanisation, GNR Shefford devrait opérer à partir du lisier de 700 têtes à ses débuts. 

Rassurer le voisinage

La concrétisation de GNR Shefford ne s’est toutefois pas faite sans heurts. L’arrivée d’une usine de biométhanisation en pleine campagne a soulevé l’ire de voisins du chemin Bell et des environs. Au cours des dernières années, des résidents l’ont fait savoir, entre autres, par le biais des réseaux sociaux et des séances du conseil municipal du Canton de Shefford en dénonçant la venue d’une installation vouée à produire du biogaz en milieu rural. 

Alors que les deux parties (certains résidents et promoteur) peinaient à se blairer, le dossier a finalement progressé avec la mise sur pied du  « Comité vigilance projet GNR Shefford » voué à diffuser de l’information la plus juste et la plus transparente. Initiée par Patrick Lamanna, un résident du chemin Bell, cette cellule avait principalement pour objectif de démêler le vrai du faux. 

«Avec le temps, je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de chicanes dans le voisinage qui n’avaient pas rapport avec le site de biométhanisation», soutient l’avocat et ingénieur de formation. Des histoires de clôtures, de passage, de puits artésiens, ajoute-t-il au passage. 

«À un moment donné, j’ai regroupé quelques voisins pour qu’on puisse regarder le projet et établir les bases d’une cohabitation et de bonnes relations. La game, c’était de rétablir une dynamique plus constructive», indique M. Lamanna.

Selon le porte-parole du Comité, le promoteur de GNR Shefford (Paul Sauvé) a accepté de faire des concessions (retrait de pancartes, réduction de la vitesse des camions, réduction des transports la fin de semaine, augmentation du cheptel sur le site) pour adoucir les relations avec le voisinage. 

«En réalité, ce projet-là a plusieurs avantages. Premièrement, il assure une pérennité agricole à une ferme qu’on ne veut pas qu’elle devienne un projet immobilier et deuxièmement, il enlève l’épandage de purin», allègue Patrick Lamanna.

Et les émanations sonores émises par une usine de biométhanisation? Ce type d’installation ne ferait pas plus de bruit qu’une autoroute, argue Paul Sauvé.