Intervenir tôt pour le succès des apprentis lecteurs

ÉDUCATION. ÉDUCATION. Lorsqu’ils sont en maternelle, les enfants ne sont pas suffisamment préparés à l’apprentissage de la lecture, qu’ils feront en première année. Cela entraîne un trop grand nombre d’échecs en lecture parmi les bambins. Une orthopédagogue de Granby a développé un outil d’intervention précoce qui fait augmenter significativement les taux de réussite en lecture des jeunes dans leurs premières années du primaire.

“La recherche en éducation s’accorde à dire que pour prévenir efficacement l’échec scolaire en lecture, l’intervention doit être la plus précoce possible, dès la maternelle”, affirme Ginette Moreau, qui est orthopédagogue à l’école Saint-Bernard de Granby.

Pour étayer cette affirmation, Mme Moreau a réalisé une étude universitaire – la première du genre au Québec – qui démontre que des interventions efficaces auprès des enfants de la maternelle ont des effets positifs sur les notes de ceux-ci lorsqu’ils sont en première et deuxième année.

“Avant même d’intervenir, il est important de détecter rapidement les élèves à risque d’avoir un échec en lecture”, ajoute l’orthopédagogue, en faisant référence aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage ou à ceux dont le français n’est pas la langue maternelle, par exemple.

Une démarche scientifique

Dans le cadre d’un essai de maîtrise à l’Université TÉLUQ (université d’enseignement à distance affiliée au réseau de l’Université du Québec) qui s’est échelonné sur quatre ans, l’orthopédagogue a développé une méthode d’analyse et d’intervention, qu’elle a nommée Prélect, par laquelle elle a réalisé des tests à trois reprises durant l’année scolaire de classes de maternelle, une en milieu rural et une autre en milieu urbain. Les enfants étaient évalués sur cinq compétences fondamentales, comme la connaissance des lettres, la reconnaissance du premier son d’un mot, ou encore la fusion de deux sons.

Elle a ensuite réalisé des interventions individuelles auprès des enfants qui présentaient des difficultés dans l’acquisition de ces compétences de base. Plus tard, lorsque ces groupes d’élèves étaient en première année, l’orthopédagogue a comparé leurs taux de réussite en lecture à ceux d’autres groupes n’ayant pas bénéficié de telles interventions.

“Les résultats sont impressionnants: 94,1 % des élèves de l’école rurale et 95,7 % de ceux de l’école urbaine ont atteint un score de 60 % ou plus en lecture au premier bulletin de première année, contre 72,2 % et 72,4 % respectivement dans les groupes témoins (sans interventions en maternelle)”, soutient Mme Moreau, qui calcule que de cinq à six fois moins d’élèves se sont retrouvés en échec en lecture à cette étape.

La spécialiste se réjouit de constater que ces taux de réussite se maintiennent au cours de l’année scolaire, et même lorsque les enfants sont en deuxième année. Elle compte maintenant rendre disponible le test Prélect et former d’autres orthopédagogues à cette approche, afin de prévenir l’échec scolaire et garantir à un plus grand nombre d’élèves le droit fondamental de lire.

Un essai documenté

Steve Bissonnette est professeur et chercheur à la TÉLUQ. Il a encadré l’étude de Ginette Moreau et l’a guidée dans son projet. “Les enfants n’arrivent pas tous en maternelle avec le même bagage. La méthode ciblée de Mme Moreau permet de rectifier dès le départ le parcours de ceux et celles qui risquent d’avoir des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. Dans le cadre de son essai, elle a bien documenté ses interventions, et les constats sont spectaculaires”, affirme-t-il élogieusement.

M. Bissonnette ajoute que “Mme Moreau a toujours été à l’affût de pratiques pédagogiques probantes. Sa démarche fera possiblement l’objet d’articles dans des revues spécialisées”.