Les couleurs du cancer
ARTS VISUELS. La peintre de Shefford Mélanie Lefebvre a reçu une bien mauvaise nouvelle dans le temps des Fêtes: un diagnostic de cancer. Bien accompagnée dans la traversée de cette aventure, elle fait preuve de confiance et de courage pour repousser l’invité indésirable. Sa création artistique lui permet d’extérioriser ses émotions.
Originaire de Montréal, l’artiste s’est installée dans le Canton de Shefford avec son conjoint il y a une quinzaine d’années. C’est aussi à ce moment qu’elle s’est consacrée aux arts visuels à temps plein.
« Mon art fluctue avec mes émotions; ma démarche est faite pour évoluer. Je ne veux pas retourner à des styles que j’ai déjà visités », explique Mme Lefebvre, qui est diplômée de l’UQAM en arts visuels et médiatiques. Après une récente série de tableaux sur la thématique des arbres, la peintre crée maintenant des œuvres plus florales.
« J’explore la gestuelle. Je veux qu’on sente la présence de la peintre dans mes tableaux; voilà pourquoi j’y intègre des coulisses », poursuit celle qui a participé à des expositions collectives à l’international, notamment à New York. Mélanie Lefebvre fait partie des artistes représentés par la galerie Artêria, de Bromont.
Leucémie
« Pendant quelques mois (l’automne dernier), j’avais souvent des essoufflements, des étourdissements, je me sentais faible. Je pensais que ça pouvait être la périménopause », raconte la peintre. Le 26 décembre, le diagnostic est tombé: leucémie myéloïde aiguë.
« Chaque leucémie se traite différemment. Moi, j’ai la pire », confie Mme Lefebvre d’un ton calme et posé. Il n’y avait pas vraiment d’option: il fallait commencer les soins le plus tôt possible. « J’ai eu mon premier traitement de chimiothérapie le 1er janvier », relate-t-elle. Ce traitement devait être suivi d’un isolement d’environ un mois et demi à l’hôpital. « Je me suis préparée à cette réclusion en apportant des livres, une radio, mes mots croisés, etc. ».
Depuis, la Sheffordoise a eu trois autres chimiothérapies dites de consolidation auxquelles elle a bien réagi, dans les circonstances. « Je suis down trois ou quatre jours sur un mois. C’est difficile de se réadapter à chaque étape, mais je me dis que, comme dans la peinture, tant qu’il y a du mouvement, il y a de la vie », énonce Mélanie Lefebvre philosophiquement. « Je crois que je suis une bonne patiente; d’ailleurs, je préfère utiliser ce terme, plutôt que malade ».
Route des cultures
« Je fais partie des artistes de Shefford et Waterloo qui ouvriront les portes de leurs ateliers au public, à la fin juin, dans le cadre de la Route des cultures. J’espère être en assez bonne santé à ce moment pour accueillir les gens », projette-t-elle. Son atelier se trouve à même sa résidence, dans la montagne de Shefford.
« Je garde une attitude positive et j’essaie le plus possible de continuer à avoir une vie en dehors de la maladie. Je m’entraîne, je cuisine, je mange bien, je maintiens une vie sociale », donne-t-elle comme exemples.
« Je réalise que c’est de l’ouvrage, être malade, avec tous les rendez-vous à coordonner, les transfusions (elle en a eu deux récemment), les prises de sang trois fois par semaine », ajoute la peintre. Heureusement, Mme Lefebvre peut compter sur le soutien de celui avec qui elle partage sa vie depuis 27 ans, et qu’elle nomme tendrement son amoureux (Martin).
Mélanie Lefebvre attend maintenant que la possibilité se présente d’avoir une greffe de moelle osseuse. « Le cancer est en dormance actuellement. La greffe viendra fermer la porte à la maladie », exprime-t-elle avec espoir.
Mariage
« En janvier, quand j’ai commencé ma chimio et mon isolement, je me suis dit: dès que je sors d’ici, je fais une demande en mariage à mon amoureux », raconte Mme Lefebvre. Et c’est ce qu’elle a fait, en février, dans le parc Jean-Paul-Forand.
« Il faisait froid, il y avait des tonnes de neige, les arbres formaient des arches à cause du poids de la neige. Je me suis retrouvée à genoux pour lui faire la demande », se remémore-t-elle.
Il a dit oui. Mélanie Lefebvre ajoute: « Je lui ai dit: si tu veux qu’on se marie, aide-moi à me relever ». Il l’a fait cette fois-là, comme il le fait toujours, au propre comme au figuré, en l’accompagnant à tous les instants de son parcours périlleux. Le mariage aura lieu à l’automne.
