Palahook, le produit local d’un gars du peuple
ÉCONOMIE. Se partir en affaires à 55 ans sans aucune expérience en la matière, tout en n’ayant pas de diplôme universitaire et voulant déjouer tous les pronostics défavorables. C’est la façon de faire du fondateur du Palahook, François Boisvert. Portrait d’un homme et de son produit innovateur, confectionné à Granby, qui fait présentement fureur au Québec.
Un texte de Tristan Côté
Après son passage infructueux à l’émission Dans l’œil du dragon, où aucun investisseur n’a voulu mettre de l’argent dans son projet, François Boisvert garde tout de même le cap. L’idée de cet objet a germé en lui en 2014 en marchant sur une plage lors d’un voyage à Cuba, alors qu’il avait observé au loin un individu qui frappait un poteau de palapa avec une pierre dans le but d’y insérer un clou pour accrocher un sac.
Le Palahook, ce n’est pas seulement une contraction de palapa et de hook (crochet en français). Ce sont avant tout deux polymères mélangés ensemble. Ceux-ci sont reconnus pour avoir une bonne élasticité, mais en gardant une certaine rigidité. On peut notamment en trouver dans les vêtements, dans les bouteilles ainsi que dans des pièces automobiles.
Son utilisation est simple: on l’enroule autour d’une structure, comme un poteau, on l’attache en le fermant, puis le tour est joué: on a un crochet à notre disposition.
«Les gens aiment ça, parce que ça leur permet de ne pas mettre leur sac dans le sable [en citant l’exemple d’un voyage dans un pays tropical]. Il y a aussi un cadenas qui vient avec, donc ça vient renforcer le sentiment de sécurité. […] Par exemple, si un couple va marcher sur une plage, eh bien, il y a des personnes qui vont tenter de prendre leur place et bouger tout ce qui appartient au couple, et ce, juste pour avoir une place à l’ombre. Là, avec le cadenas et le Palahook, le sac est attaché, donc c’est un peu plus difficile de prendre une place à quelqu’un ou des tourtereaux», décrit François Boisvert à propos de l’utilité de son produit, commercialisé depuis 2020.
Une question de chimie
Cette approche humaine, terre à terre, elle coule dans ses veines. Un point commun qu’il partage avec l’entreprise qui s’occupe de la fabrication du produit, Plastiques Nadco. C’est cette entreprise qui l’a convaincu de choisir Granby par rapport à d’autres coins comme Montréal ou Québec.
«Je suis allé cogner à la porte de plusieurs compagnies pour tenter d’avoir des soumissions. Eux, ils [Plastiques Nadco] n’étaient pas nécessairement les plus chers, mais ce sont des propriétaires avec qui ç’a tout de suite bien cliqué. Ils ont vu le produit, ils l’ont trouvé intéressant et c’est devenu une superbe collaboration, a-t-il fait savoir. Ils embarquent avec moi là-dedans et on se suggère mutuellement des idées pour améliorer le produit. En bref, ce sont des humains avant tout, pas une compagnie qui fait juste regarder des chiffres.»
L’expérience pratique
Il renchérit en se décrivant comme un gars du peuple. «Je n’ai pas de doctorat, je n’ai pas de diplôme universitaire et je n’avais pas d’expérience en affaires. Ce qu’on m’a enseigné comme mentalité dans la vie, c’est: débrouille-toi et organise-toi. Je ne suis pas un richissime banquier qui a tout eu dès le départ», s’est exclamé le Lavallois d’origine.
François Boisvert travaille sans arrêt à ses deux emplois, un vrai bourreau de travail. Il consacre une soixantaine d’heures au Palahook et près d’une quarantaine d’heures à son boulot dans le secteur de l’aéronautique. «Lancer une entreprise, c’est toute une aventure et il faut être prêt à faire des sacrifices. […] Je n’ai pas de vie sociale.»
L’homme de 55 ans a cependant dû faire face à un obstacle de taille lorsqu’il s’est lancé: l’âgisme. «Au niveau fédéral et provincial, quand tu dépasses l’âge de 35 ans, tu n’existes plus, dans le sens qu’il n’existe pas de subventions, pas de support et tu as de la misère avec les prêts, déplore-t-il. […] On dirait qu’ils te considèrent inutile au moment que tu dépasses un certain chiffre magique. Ils croient que ton but rendu à 50 ans, c’est la retraite. Non! Moi, je suis encore en pleine forme, je cours encore mes 25 kilomètres par semaine. […] On est laissés tout seuls.»
Aujourd’hui, François Boisvert regarde droit devant, vers un futur qu’il juge radieux. L’entrepreneur souhaite implanter le Palahook dans des points de vente reconnus, surtout des pharmacies, aimant les plus petits établissements et son côté rassembleur, plutôt que de circuler d’allée en allée. Il craint une perte de l’aspect humain, une valeur qui lui est chère, en l’instaurant dans des géants commerciaux.
