Un programme de soccer qui change des vies

SPORTS. Il y a moins d’un an, une équipe de soccer adapté professionnelle pour les 14 ans et plus pour les Jeux olympiques spéciaux n’était qu’à l’étape de discussions. Les chantiers étaient énormes: mettre un programme en place, recruter des jeunes, composer une équipe et créer une bonne chimie avec les joueurs et le groupe d’entraîneurs. Partis de rien, la dirigeante Chloé Marois et ses adjoints ont réussi un véritable tour de force.

Un texte de Tristan Côté

Celle qui est éducatrice spécialisée à l’école René-Saint-Pierre à Saint-Hyacinthe dans la vie de tous les jours s’est dévouée corps et âme dans ce projet fait en collaboration avec les Cosmos de Granby : Les Étoiles Cosmos. Le tout, dans ses temps libres. En combinant les deux, c’était plus de 40 heures par semaine dans deux emplois. La principale intéressée admet avoir ressenti du plaisir à procéder d’une telle manière.

“Je travaille dans une école spécialisée qui est dédiée aux élèves ayant des besoins particuliers, notamment ceux ayant une déficience intellectuelle. J’ai toujours adoré travailler avec eux. Donc, là, de pouvoir les arrimer avec le sport que je pratique depuis toujours”, a-t-elle admis.

C’est la Ville de Granby qui a suggéré l’idée d’une équipe de soccer adapté professionnelle à sept contre sept pour les 13 ans et plus aux Cosmos de Granby. Un plongeon dans l’inconnu.

“On avait déjà un programme pour les plus petits de cinq à sept ans. Quand elle [la Ville] est venue nous aborder en nous demandant si nous [les Cosmos] étions intéressés à partir une équipe. On leur a dit que l’on allait ouvrir les inscriptions et voir comment ça se passe. Finalement, on a eu 12 inscriptions dès le début, donc le maximum alloué pour les Jeux olympiques spéciaux !”, a fait savoir la Granbyenne d’origine.

Une chimie incroyable

Son groupe d’entraîneurs, elle l’aime. Un bon mélange entre la connaissance des particularités neurologiques de ces jeunes et la technicité du soccer.

“Jean-François David [l’un des adjoints] apporte son expertise de soccer, alors que Nadia Cadorette [adjointe et mère de Chloé] et moi venons compléter le tout avec notre expérience en éducation spécialisée. […] Ça permet ainsi de mieux adapter mes exercices et mes entraînements, et ce, en fonction du potentiel de chaque athlète et pour que tout le monde trouve son compte, mais également pour que personne n’en ressorte déçu s’ils n’ont pas été en mesure de réussir quelque chose à un certain moment”, a déclaré Chloé Marois.

Leur trio est une équipe de feu, selon elle. Elle raconte leur importance capitale.

“En tant qu’éducatrice spécialisée et parfois joueuse de soccer, la compréhension que j’ai de ces jeunes m’aide à créer le lien avec les athlètes. Puis, ils se sentent moins gênés quand ils ont des demandes spécifiques à me faire. […] Cependant, si je n’ai pas tellement le temps de le faire, c’est ma mère qui va le faire, affirme-t-elle. […] On dit souvent que c’est la professionnelle des interventions dans nos entraînements ! C’est elle qui va vraiment prendre le temps de gérer avec les athlètes lors de situations particulières pour que je puisse continuer de diriger l’entraînement. Tout est bien complémenté par la suite avec l’expertise technique incroyable de Jean-François.”

Rendre le mur surmontable

Pour ces jeunes, être à l’extérieur de la maison durant une longue période peut être intimidant. Chloé et sa mère ont tenu compte de cet aspect pour créer un environnement plaisant et sur mesure.

“Il faut penser que c’est cinq jours à dormir dans une école [celle de Joseph-Poitevin], donc ce n’est pas tout le monde qui se sent à l’aise. […] Ça peut vraiment être déstabilisant de dormir à l’extérieur de la maison avec des gens que tu côtoies, mais pas de la même façon qu’avec ta famille, a rapporté la dirigeante de l’équipe. […] C’est pour ça qu’on les a préparés à l’avance, c’est-à-dire leur mentionner où ils feront leurs dodos, quel est le menu, bref, tout ce qu’on peut offrir comme connaissances à l’aube des Jeux. […] On prend le temps aussi de faire des rencontres individuelles. […] Tout ça a donné de beaux résultats. Par exemple, tout le monde était un peu gêné au début. Maintenant, ils passent beaucoup de temps ensemble, ils socialisent bien et certains sont même devenus amis.”

Elle conclut en martelant une chose: l’importance de déjouer les pronostics, comme ses joueurs le font.

“Ce n’est pas parce que tu as une déficience intellectuelle, une trisomie ou un trouble de l’attention avec hyperactivité (TDA/H) que tu dois être limité. […] Tu peux le faire. Tu as les compétences pour jouer au baseball, vas-y jouer ! Moi, j’ai un trouble de l’attention. On a voulu me limiter à plusieurs reprises dans ma vie, juste parce que j’ai un cerveau éparpillé et que j’ai constamment besoin de bouger, mais quand tu te trouves des moyens, tu peux faire ce que tu veux.”