Vivre avec les éco-émotions

ENVIRONNEMENT. Les changements climatiques peuvent engendrer divers sentiments dans la population, le plus connu étant l’éco-anxiété. Étudiante au Cégep de Granby, Ève-Marie Bellefroid conjugue au quotidien avec les émotions liées à l’environnement, les éco-émotions. Entrevue avec une jeune qui se déclare éco-anxieuse.

«Les changements climatiques me font vivre des émotions changeantes, mais surtout négatives. Je trouve frustrant de voir les gens autour de moi qui ne s’engagent pas et qui restent indifférents par rapport aux enjeux environnementaux», analyse-t-elle. L’étudiante, qui se questionne sur ce qui l’attend dans le futur, ressent du stress quand elle pense – trop souvent – aux problèmes touchant l’environnement, ce qui la pousse parfois à avoir une réaction d’évitement à ce sujet.

«Je suis particulièrement sensible à la question de la surconsommation. Ça me désole de voir tous les déchets que nous générons et qu’on envoie ailleurs dans le monde», dit la cégépienne.

Passer à l’action

L’étudiante prend des décisions et pose des actions pour transformer les sentiments négatifs qu’elle éprouve parfois en énergie positive. «À mon échelle personnelle, j’essaie de moins consommer, par exemple, je n’achète presque rien de neuf, et avant d’acheter quelque chose, je me demande si j’en ai vraiment besoin et si je vais l’utiliser», donne-t-elle comme exemple.

Le projet de fin d’études d’Ève-Marie Bellefroid porte d’ailleurs sur l’engagement des jeunes. «Je vais aller donner des ateliers dans les écoles secondaires sur les effets des changements climatiques et les solutions pour moins consommer», annonce la cégépienne pour présenter un autre geste concret pour l’environnement.

De plus, la Granbyenne est aussi membre du comité environnement du Cégep, le bien nommé Comité Vert-Tige, ce qui lui permet de se sentir moins seule face aux enjeux environnementaux.

Celle qui sera bientôt diplômée du collégial a hâte de commencer l’université, l’automne prochain. «Je m’en vais en psychoéducation à l’Université de Montréal. Je compte m’impliquer dans le comité environnement de l’université», déclare celle qui veut poursuivre son engagement pour contribuer à améliorer les choses en ce qui concerne la lutte aux changements climatiques.

Des mots sur les éco-émotions

Marie-Josée Drolet est professeure titulaire, ergothérapeute et éthicienne à l’Université du Québec à Trois-Rivières. L’universitaire s’intéresse à la question des éco-émotions, qui peuvent être négatives ou positives. Selon elle, «il est important de documenter et de définir les éco-émotions, mais ce domaine est encore trop peu exploré».

Dans un article qu’elle a publié récemment sur le site web The Conversation, la professeure soutient «qu’il importe aussi de mettre des mots sur les éco-émotions positives. Celles-ci sont en effet à même de soutenir le mieux-être des personnes et leur engagement constructif dans la lutte contre les changements climatiques».

Dans son article, Marie-Josée Drolet présente six nouveaux mots créés par le philosophe australien Glenn Albrecht, un pionnier dans l’identification des éco-émotions.

Des éco-émotions négatives

Dans son livre Les émotions de la Terre, le philosophe décrit une vingtaine d’éco-émotions négatives. Parmi celles-ci, on retrouve l’éco-anxiété, qui est la plus connue. Il y a aussi la solastalgie, apparentée à la nostalgie, qui correspond à la désolation et à la tristesse causées par la perte ou la dégradation d’un lieu naturel que l’on affectionne. Quant à l’éco-paralysie, elle représente l’incapacité d’agir face aux défis environnementaux, lorsqu’ils sont perçus comme insurmontables.

Et des positives

Du côté des éco-émotions positives, parmi celles identifiées par M. Albrecht, il y a la topophilie, la soliphilie et l’eutierrie. La topophilie désigne l’émerveillement et l’attachement ressentis par une personne envers certains endroits. Pour sa part, la soliphilie correspond à la solidarité ressentie envers un lieu et se traduit par un engagement pour le préserver. Et l’eutierrie désigne le sentiment d’unité que ressent une personne avec l’environnement naturel, ce qui lui apporte une impression de paix.