Guerre en Ukraine: le pape François envisage une visite à Kyiv et condamne la Russie

Nicole Winfield, The Associated Press

LA VALETTE, Malte — Le pape François a déclaré samedi qu’il envisageait une visite à Kyiv, la capitale ukrainienne. Il a aussi dénoncé celui qui a lancé une guerre «sauvage» en dénonçant clairement l’invasion de l’Ukraine par la Russie. 

Dans un discours à Malte, le pape François n’a pas prononcé le nom du président russe Vladimir Poutine. Toutefois, la référence était claire lorsque le souverain pontife a affirmé que «certains potentats» avaient lancé la menace d’une guerre nucléaire sur le monde dans une «agression infantile et destructrice». 

«Nous avions pensé que les invasions d’autres pays, les combats de rue sauvages et les menaces atomiques étaient de sombres souvenirs d’un passé lointain», a souligné le pape aux responsables maltais de l’île méditerranéenne.

Le chef de l’Église catholique avait jusqu’à présent évité de faire référence à la Russie ou à Poutine par leur nom, conformément à la tradition du Vatican de ne pas interpeller les agresseurs afin de garder des options ouvertes pour le dialogue. La critique de samedi a marqué le niveau d’indignation du pape.

Ce dernier avait déclaré aux journalistes en route vers Malte qu’une visite possible à Kyiv était «sur la table», mais aucune date n’a été fixée. Le maire de la capitale ukrainienne avait invité le pape François le 8 mars dernier à venir en tant que messager de la paix avec d’autres personnalités religieuses, mais il a récemment averti que la ville est toujours menacée par les troupes russes.

Le souverain pontife dit que la guerre l’avait tellement indigné qu’il en oublie parfois la douleur intense dans ses genoux. Le pape François souffre depuis des mois d’un ligament tendu au genou droit. L’inflammation est devenue si intense que le Vatican a pris des dispositions pour le faire monter et descendre avec un ascenseur de l’avion qui l’a amené samedi à Malte.

Le pape François est arrivé en boitant plus que jamais samedi à l’île méditerranéenne de Malte samedi pour une visite de deux jours visant à attirer l’attention sur le défi migratoire de l’Europe, qui n’a fait que s’aggraver depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’enjeu a pris de l’ampleur avec l’exode forcé de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens depuis le début de l’invasion russe il y a plus d’un mois. Le pape François a concentré ses remarques sur la voie migratoire périlleuse de la Méditerranée et les politiques migratoires déficientes de l’Europe pour accueillir les personnes fuyant la guerre, la pauvreté et les conflits.

Le chef de l’Église catholique devait se rendre à Malte en mai 2020, mais son voyage avait été reporté en raison de la pandémie de COVID-19. La visite de ce week-end survient alors que le pays majoritairement catholique se prépare à ses premières célébrations en personne de la Semaine sainte en deux ans.

Le pape François a souvent fait écho à l’appel de Malte, pour mieux répartir l’accueil des migrants. Il l’a fait à nouveau samedi en faisant le lien avec le récit de l’accueil que les Maltais avaient donné à l’apôtre Paul, qui, selon les annales bibliques, a fait naufrage au large de Malte vers l’an 60 après Jésus Christ, au moment où il se rendait à Rome. Selon la tradition, il a été accueilli avec une gentillesse inhabituelle par les insulaires.

Plus tard samedi, le pape François a voyagé en catamaran à l’île de Gozo, faisant sa propre tradition maritime méditerranéenne pour célébrer une réunion de prière au sanctuaire national de Malte. Flanqué de deux ecclésiastiques maltais qui sont des aides clés au Vatican, le souverain pontife s’est assis sur une chaise blanche sur le pont pour le voyage d’une heure et a été accueilli par les canons tonnerre que le navire est venu dans le port de Gozo.

L’île a souvent appelé ses plus grands voisins européens à supporter une plus grande partie du fardeau de l’accueil des réfugiés.

Accompagné du président de Malte, le pape François a dénoncé les «accords sordides» que l’Union européenne (UE) a conclus avec la Libye pour faire reculer les migrants et a déclaré que l’Europe doit faire preuve d’humanité en les accueillant. Il a demandé que la Méditerranée soit un «théâtre de solidarité, et non le signe avant-coureur d’un tragique naufrage de civilisation».

Il faisait ainsi référence au programme de l’UE pour former les garde-côtes libyens, qui patrouillent sur les côtes du pays d’Afrique du Nord pour le trafic de migrants et qui ramènent les réfugiés potentiels sur le rivage. Le programme a été fortement soutenu par l’Italie et d’autres pays méditerranéens de première ligne pour essayer d’endiguer le flux de centaines de milliers de migrants désespérés chaque année. 

Les groupes de défense des droits de l’homme ont condamné le programme financé par l’UE comme une violation des droits des migrants et ont documenté de graves violations dans les camps de détention libyens. Plus tôt cette semaine, l’Allemagne a déclaré que son armée ne fournirait plus de formation aux garde-côtes libyens, compte tenu de son traitement «inacceptable» et, dans certains cas, illégal, des migrants.

Le souverain pontife a condamné les centres de détention libyens comme des camps de concentration et il est même allé plus loin.

«Les pays civilisés ne peuvent pas approuver leurs propres intérêts avec des accords sordides avec des criminels qui asservissent d’autres êtres humains», a-t-il déclaré.

Malte est le plus petit pays de l’Union européenne (UE) avec un demi-million d’habitants. Il est depuis longtemps en première ligne du flux de migrants et de réfugiés à travers la Méditerranée. Pas plus tard que cette semaine, un groupe allemand est venu en aide à 106 migrants secourus en mer et, samedi, le navire se dirigeait plutôt vers la Sicile.  

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