Enseignement à distance: les ratés du ministère de l’Éducation durant la pandémie

Jocelyne Richer, La Presse Canadienne
Enseignement à distance: les ratés du ministère de l’Éducation durant la pandémie

QUÉBEC — La pandémie de COVID-19 a révélé l’incapacité du ministère de l’Éducation à gérer correctement l’enseignement à distance, pénalisant ainsi les enfants privés des services éducatifs auxquels ils avaient droit.

C’est ce que révèle le rapport annuel 2022-2023 de la vérificatrice générale, rendu public mercredi, et qui met l’accent sur le temps de réaction trop lent du ministère, une lacune dont les élèves ont fait les frais.

Lors de la fermeture forcée des écoles, en mars 2020, en raison de la pandémie, le ministère de l’Éducation aura pris près de deux mois avant d’implanter l’enseignement à distance. Ce n’est que lors de la rentrée scolaire suivante, à l’automne 2020, que le ministère a publié une directive sur l’enseignement à distance, fixant les seuils minimaux de services éducatifs à offrir aux élèves.

Pour les enfants, cette façon de procéder aura occasionné des retards d’apprentissage, qui, trois ans plus tard, ne sont peut-être pas comblés. Il est difficile d’avoir l’heure juste, car le ministère n’a pas pris la peine de tracer un portrait global des retards d’apprentissage dus à la pandémie, ce qui lui aurait pourtant permis de mettre en place les mesures de rattrapage appropriées, note la vérificatrice. 

«Ces retards, s’ils ne sont pas comblés par des mesures de rattrapage efficaces, risquent de compromettre le cheminement scolaire de ces jeunes et de les priver d’un diplôme», écrit-elle.

Québec a investi 87 millions $ en mesures de rattrapage, en offrant du tutorat aux élèves, «mais sans savoir si ça allait vraiment aux enfants qui en avaient vraiment besoin», a déploré la vérificatrice en conférence de presse. 

Durant la pandémie, le soutien technique fourni par Québec aux centres de services scolaires (CSS) était à géométrie variable à travers le territoire. Après 18 mois de pandémie, 57 des 72 centres de services scolaires (CSS) n’avaient toujours pas reçu les ordinateurs nécessaires à l’enseignement en ligne lors de la rentrée scolaire de 2020-2021. Un an plus tard, une dizaine d’entre eux devaient toujours s’en passer.   

Le ministère a été inapte à fournir les outils technologiques dont les élèves avaient besoin, peut-on lire dans le rapport. Toujours pour l’enseignement à distance, Québec a aussi investi 42 millions $ pour acquérir des appareils de vidéoconférence. Le problème: la livraison et l’installation. En juillet 2022, un appareil sur deux n’avait toujours pas été installé. 

Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a rejeté le blâme sur les centres de services scolaires (CSS), une structure créée par le gouvernement caquiste pour remplacer les commissions scolaires.

En mêlée de presse, il a dit que les données sur les retards éducatifs liés à la pandémie et à l’enseignement à distance n’avaient pas été rendues disponibles par les CSS. «On est encore en train de mesurer ce retard-là. Les travaux ne sont pas terminés», a-t-il dit. 

«Je suis en demande auprès de mes centres de services scolaires pour avoir les données qui vont me permettre d’avoir un portrait complet de la situation, y compris en matière de retard. Il y a des données que je n’ai pas, dont j’ai besoin» pour tracer ce portrait global et confectionner un «tableau de bord» en éducation.

De son côté, la critique de l’opposition officielle en éducation, la députée libérale Marwah Rizqy, a qualifié le rapport de «vraiment désolant».

Selon elle, il fait la preuve du «jovialisme déconcertant» affiché par le gouvernement durant la pandémie. Elle se demande «combien d’enfants on a échappés à cause de la pandémie»?

Elle rappelle que le gouvernement Legault prétend que l’éducation est sa priorité. «C’est faux», réplique la députée, convaincue que le ministère de l’Éducation aurait dû, au moment d’adopter des mesures, «cibler les milieux défavorisés» pour diminuer les risques de décrochage scolaire.

En milieu syndical, la réaction a été aussi vive. «Il n’y a aucune surprise dans ce rapport! Au contraire, la vérificatrice générale confirme toutes les incohérences que nous avons soulignées à maintes reprises au ministère durant la pandémie. Combien de fois lui avons-nous demandé de fournir un plan clair et uniforme à l’ensemble des établissements du réseau pour éviter les inégalités? Ou encore de nous consulter en amont de la prise de décisions afin d’avoir une idée juste de ce qui se passait sur le terrain. C’était une question de gros bon sens, mais les dirigeants ont préféré faire la sourde oreille et continuer de naviguer à vue», a commenté Éric Gingras, le président de la CSQ.

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