La Colombie-Britannique adoptera l’heure d’été de manière permanente
VICTORIA — Les habitants de la Colombie-Britannique adopteront l’heure d’été toute l’année; ils avanceront ainsi leurs montres d’une heure ce dimanche pour la toute dernière fois.
Le premier ministre David Eby a expliqué que cette décision vise à faciliter la vie des familles, à réduire les perturbations pour les entreprises et les familles et à soutenir une économie stable et prospère.
«Les Britanno-Colombiens ont clairement indiqué que les changements d’heure saisonniers ne leur convenaient pas», a déclaré M. Eby.
Il a annoncé ce changement dans le Hall d’honneur de l’Assemblée législative, entouré d’une quarantaine d’écoliers locaux, auxquels il s’est d’abord adressé.
«Lorsque nous changeons l’heure deux fois par an, cela crée toutes sortes de problèmes, leur a-t-il dit. Les enfants se lèvent à la même heure, même si l’heure a changé. Les chiens se lèvent à la même heure, même si l’heure a changé. Les parents perdent du sommeil. Les enfants perdent du sommeil, et même les personnes sans enfants perdent une heure de sommeil.»
Il a mentionné que la Colombie-Britannique avait «attendu, attendu et attendu» que les États américains suppriment les changements d’heure.
«Mais devinez quoi? a-t-il souligné. Aujourd’hui, je suis ici pour annoncer que nous avons fini d’attendre. La Colombie-Britannique va changer l’heure une dernière fois, puis plus jamais.»
C’était le signal pour les enfants de se mettre à danser autour de M. Eby et de la procureure générale Niki Sharma au son de «One More Time» de Daft Punk, tout en agitant des horloges en carton.
Le passage de la Colombie-Britannique au fuseau horaire du Pacifique la placera dans le même fuseau horaire que le Yukon.
Elle sera alignée sur l’Alberta de novembre à mars, et sur la Californie, l’État de Washington et l’Oregon de mars à novembre. Cependant, elle aura une heure d’avance sur ces États pendant les autres mois.
Ce changement signifie que le jour le plus court de l’année, le 21 décembre, le soleil ne se lèvera pas avant 9 h 03 à Victoria. À Prince George, le lever du soleil au solstice d’hiver aura lieu à 9 h 28.
Des perturbations à venir
Wendy Hall, professeure émérite en sciences infirmières à l’Université de Colombie-Britannique, ne comprend pas pourquoi le gouvernement procède à ce changement.
«Je pense que le mieux que je puisse dire à ce sujet, c’est que cela pourrait offrir un peu plus de temps pour faire de l’exercice le soir et pour faire plus de magasinage», a avancé Mme Hall, dont les recherches ont porté sur le sommeil des enfants.
Elle a ajouté que le manque de lumière matinale allait être difficile à supporter pour les régions nordiques de la province et a mis en garde contre les effets négatifs pour les enfants.
«D’une part, dans les comtés américains où l’heure d’été a été adoptée de façon permanente, on a constaté une augmentation du nombre de décès d’élèves le matin, car ils attendaient à l’arrêt de bus ou marchaient vers l’école dans l’obscurité, et ils étaient plus susceptibles d’être renversés par une voiture», a-t-elle expliqué.
Mme Hall a également prédit que ce changement perturberait les habitudes de sommeil des enfants.
En 2019, elle a écrit au premier ministre de l’époque, John Horgan, lorsque son gouvernement a présenté son projet de passer à l’heure d’été permanente, pour lui expliquer que l’horloge biologique, connue sous le nom de rythme circadien, est principalement réglée par la lumière et l’obscurité.
Mme Hall a mentionné que le manque de sommeil chronique chez les adolescents, causé par un décalage entre l’horloge biologique et l’horloge sociale, était lié à des problèmes d’attention, de comportement, d’apprentissage et à un risque accru de dépression et d’automutilation.
M. Eby a précisé que les particuliers et les entreprises auront huit mois pour se préparer à la suppression du prochain changement d’heure, qui était prévu pour le 1er novembre.
Il s’est dit optimiste quant à la possibilité que les voisins américains de la Colombie-Britannique se joignent à la province pour mettre fin aux changements d’heure perturbateurs.
Mme Sharma a affirmé avoir reçu un nombre écrasant de commentaires de la part de citoyens de la Colombie-Britannique souhaitant mettre fin aux changements saisonniers d’heure.
«Ce changement offre plus de stabilité, favorise le bien-être public et réduit les perturbations inutiles deux fois par an dans la routine des parents, des travailleurs postés, des petites entreprises, des propriétaires d’animaux de compagnie et bien d’autres encore», a ajouté Mme Sharma.
Elle a déclaré qu’elle se réjouissait à l’idée de profiter d’une heure supplémentaire de soleil après le travail et l’école pendant de nombreux hivers à venir.
Mme Hall a toutefois remis en question la méthodologie utilisée par le gouvernement pour faire avancer ce changement.
Le communiqué du gouvernement annonçant ce changement cite une enquête commandée par le gouvernement qui montre que 93 % des 223 000 personnes qui y ont participé sont favorables à cette mesure.
Mme Hall a toutefois mentionné que le gouvernement n’avait jamais proposé l’option de rester à l’heure standard permanente.
Ce changement à venir tient une promesse faite en 2019, lorsque M. Eby, alors procureur général, a déposé un projet de loi visant à rendre l’heure d’été permanente.
Mais la Colombie-Britannique avait posé comme condition que les États de Washington, de l’Oregon et de Californie adoptent également ce changement, ce qui n’a pas été le cas, car la législation correspondante reste en suspens au Congrès.
«La situation sur le terrain a changé depuis 2019», a souligné M. Eby, lorsqu’on lui a demandé pourquoi le gouvernement avait décidé d’aller de l’avant sans attendre les États américains.
«Nous pouvons nous permettre d’être un peu plus égoïstes dans nos décisions pour le bien des Britanno-Colombiens. Il est clair que les Britanno-Colombiens savent ce qui est le mieux pour eux. Ils veulent profiter d’une heure de soleil supplémentaire en fin de journée», a-t-il ajouté.
Une décision qui ne fait pas l’unanimité
Une partie du monde des affaires critique toutefois ce changement.
Bridgitte Anderson, présidente et directrice générale de la Chambre de commerce du Grand Vancouver, a avancé que le «changement unilatéral» du gouvernement constituait une «distraction malvenue qui rendra plus difficile d’attirer et de retenir les entreprises» en Colombie-Britannique.
Werner Antweiler, professeur associé à la Sauder School of Business de l’Université de Colombie-Britannique, a déclaré que les entreprises s’étaient déjà adaptées au fait de travailler sur plusieurs fuseaux horaires et que les outils de communication modernes permettaient de gérer efficacement les différents fuseaux.
Il a ajouté que la «seule question importante» était de savoir comment les individus pourraient s’adapter lorsqu’il s’agit de travailler et d’aller à l’école pendant les mois d’hiver, plus sombres.
«Je ne vois vraiment aucune raison économique qui justifierait des changements importants dans les procédures et les opérations commerciales», a-t-il affirmé.
«Le seul domaine où cela sera un peu plus perceptible est celui du transport aérien. Les horaires seront légèrement modifiés, car nous aurons une heure de décalage en hiver. Mais les compagnies aériennes trouveront une solution et cela pourrait se traduire par quelques petits ajustements des horaires de vol pour les Britanno-Colombiens», a-t-il ajouté.
