La dernière plaignante témoigne au procès de Frank Stronach
TORONTO — Quand elle a entendu le bruit de ses collants qui se déchiraient, elle a compris qu’elle ne pouvait rien faire, a témoigné lundi une femme en racontant sa rencontre avec Frank Stronach il y a plusieurs décennies.
Stronach l’avait plaquée sur un lit de camp dans son appartement en bord de mer, et tous deux s’étaient livrés à un «bras de fer» alors qu’elle tentait de l’empêcher de remonter sa robe qui lui arrivait aux genoux, a déclaré la femme devant un tribunal de Toronto.
Il a alors saisi l’entrejambe de ses collants et a tiré d’un coup sec, les déchirant d’un seul mouvement, a-t-elle raconté. Il a tiré plusieurs fois jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la ceinture, a-t-elle ajouté.
À ce moment-là, la femme a réalisé qu’elle était maîtrisée et qu’il n’y avait «aucune issue». Elle s’est sentie paralysée et sanglotait doucement, a-t-elle souligné.
«Je suis restée allongée là, les deux mains sur les côtés, et je l’ai laissé faire ce qu’il voulait», a précisé la femme.
Elle a entendu Stronach défaire sa braguette et se souvient qu’il grognait et poussait pendant qu’il la pénétrait, a-t-elle témoigné. Quand elle est allée à la salle de bain pour se nettoyer après coup, elle s’est rendu compte qu’il avait éjaculé en elle.
La femme, aujourd’hui âgée de plus de 60 ans, est la septième et dernière plaignante à témoigner au procès pour agression sexuelle du milliardaire.
Stronach, âgé de 93 ans, a plaidé non coupable à plusieurs chefs d’accusation liés à des incidents présumés s’étalant sur plusieurs décennies.
Une accusation retirée
La femme a témoigné lundi peu après que les procureurs ont informé la Cour qu’ils souhaitaient retirer une accusation d’agression sexuelle liée à une autre plaignante.
La procureure de la Couronne Jelena Vlacic a présenté cette demande lundi matin, affirmant que les procureurs avaient déterminé qu’il n’y avait plus de perspective raisonnable de condamnation pour ce chef d’accusation, qui concerne un événement allégué en 1986.
L’avocate de la défense de M. Stronach a toutefois fait valoir que la juge devrait plutôt prononcer un verdict de non-culpabilité pour cette accusation, affirmant que son client «le méritait».
Vendredi, la Couronne a reçu des notes d’une policière concernant le rapport de 2006 de la plaignante, a indiqué l’avocate de la défense Leora Shemesh.
La juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, a déclaré que la question serait traitée une fois que la Couronne aura fini de présenter ses preuves.
«Complètement détruite»
À la barre lundi, la septième plaignante a mentionné avoir rencontré Stronach pour la première fois lorsqu’il s’est assis en face d’elle au Rooney’s, le restaurant et lieu de vie nocturne dont il était propriétaire, un soir en 1982 ou 1983.
Elle était venue avec des amis, mais était assise seule à ce moment-là, a-t-elle expliqué. Stronach s’est présenté et ils ont bavardé un peu, mais elle ne se souvenait pas de quoi ils avaient parlé.
D’autres personnes lui avaient dit qu’il était le propriétaire, mais elle ne savait rien d’autre à son sujet à l’époque, a-t-elle précisé.
Stronach lui a demandé si elle accepterait de dîner avec lui et ils ont prévu de se retrouver dans son immeuble un soir de semaine, environ une semaine plus tard, selon la femme, qui a ajouté qu’elle était «flattée» par cette invitation.
Elle ne sortait généralement pas avec des hommes plus âgés, alors elle a fait un effort conscient pour porter quelque chose de sophistiqué et de conservateur pour leur dîner, a-t-elle mentionné. Elle a enfilé une robe dos nu en mousseline noire avec des collants noirs et un boléro noir, mais sans sous-vêtements, car elle ne voulait pas que l’on voie les marques de sa culotte.
Stronach est venu la chercher dans ce qu’elle pense être une Porsche, puis les a conduits dans un restaurant sur le front de mer. Il a commandé une bouteille de vin avec le dîner et elle a bu un ou deux verres au maximum, a-t-elle déclaré au tribunal, ajoutant qu’elle avait toutes ses facultés à la fin du repas. Elle ne savait pas combien Stronach avait bu.
Après le dessert, Stronach lui a demandé si elle voulait aller à son appartement, a souligné la femme.
Son appartement se trouvait dans un immeuble attenant à l’hôtel, a-t-elle précisé.
Il n’y a pas eu de visite à leur arrivée, a-t-elle raconté. Au lieu de cela, Stronach l’a emmenée directement sur le canapé du salon. Ils se sont assis et ont discuté un peu, puis Stronach a essayé de l’embrasser.
La femme l’a «repoussé», a-t-elle expliqué, en disant à l’homme d’affaires qu’elle n’était pas là pour ça.
Il s’est levé, lui a pris la main et lui a dit de le suivre, a-t-elle ajouté.
Alors qu’elle était «entraînée à contrecœur», la femme a essayé de réfléchir à la manière dont elle pourrait gérer la situation. Elle a pensé qu’elle pourrait rentrer chez elle si elle lui donnait «quelques baisers», a-t-elle témoigné.
Stronach l’a conduite dans une petite pièce qui ressemblait à une sorte de tanière, avec un lit de camp contre le mur, a-t-elle indiqué. Il s’est allongé sur le lit de camp et l’a tirée sur lui, puis l’a manipulée de manière à ce qu’elle se retrouve sur le dos, son bras droit coincé sous lui.
Il l’a embrassée à nouveau et elle a participé «sans enthousiasme», a déclaré la femme.
Quand sa main a commencé à remonter sous sa robe, elle a attrapé son poignet et lui a dit non, qu’elle n’était pas là pour ça, a-t-elle témoigné.
«Il m’a regardée et m’a dit : “Oui”, a-t-elle fait savoir. J’ai dit : “Non, ça n’arrivera pas.” Et il a répondu : “Si, ça arrivera.”»
Aucun des deux n’a dit un mot pendant qu’il la pénétrait. «Je sanglotais silencieusement parce que je ne voulais pas l’énerver davantage», a-t-elle souligné.
Elle a essayé de se calmer dans la salle de bain après coup, mais elle n’arrivait pas à arrêter de pleurer, a-t-elle raconté.
«J’étais complètement détruite. Je pleurais, je tremblais, j’étais bouleversée. (…) J’étais traumatisée», a-t-elle déclaré.
Stronach a insisté pour la raccompagner chez elle et elle a accepté, car cela semblait être la seule option, étant donné qu’elle ne savait pas où ils se trouvaient, a-t-elle mentionné.
Quand ils sont arrivés devant son immeuble, il a posé sa main sur sa jambe et lui a demandé s’il pouvait monter, a-t-elle expliqué. La femme a crié «non», puis s’est précipitée à l’intérieur et est montée dans son appartement, où elle a fait une «crise de nerfs».
Elle a jeté ses collants déchirés, qu’elle avait cachés dans son sac à main, ainsi que la robe. Se sentant gênée et honteuse, elle n’est pas allée voir la police ni n’a consulté de médecin, a-t-elle affirmé.
En juin 2024, la femme a appris par un collègue que Stronach avait été arrêté. Ce n’est qu’en août, lorsque d’autres plaignantes se sont manifestées et que d’autres accusations ont été portées, qu’elle a fait une déposition à la police, a-t-elle déclaré.
La femme a lu le récit de Jane Boon, une femme qui poursuit Stronach, mais qui n’est pas impliquée dans l’affaire pénale, ainsi que des articles exposant les allégations formulées par deux des plaignantes.
Elle a également parlé à plusieurs avocats, mais n’a pas intenté de poursuites contre Stronach, a-t-elle précisé.
