La mort d’un migrant à Montréal aurait pu être évitée, selon le milieu communautaire

MONTRÉAL — Une intervenante sociale montréalaise raconte avoir tenté d’aider un migrant sans-papiers de 42 ans plusieurs semaines avant son décès dans la rue, dans le quartier Parc-Extension.

Amina Saman travaille avec plusieurs organismes communautaires qui offrent du soutien et des services aux personnes sans-abri du secteur.

Elle a expliqué qu’elle connaissait Manjeet Singh et qu’elle lui avait proposé de l’aider à renouveler son statut de réfugié et son permis de travail, ainsi qu’à trouver un logement convenable au début du mois de janvier.

Il a été retrouvé inanimé dans la rue peu après et son décès a été constaté à l’hôpital le 16 janvier.

Mme Saman a dit avoir été sous le choc en apprenant la nouvelle par des collègues.

«Je me suis dit: comment est-ce possible? Je l’ai vu la semaine dernière, a-t-elle raconté. J’étais sans voix. Je ne sais pas quoi dire. J’aurais pu le sauver.»

Une veillée en son honneur

Mme Saman a évoqué la mort de M. Singh alors que des membres de la communauté se préparaient à organiser une veillée en son honneur mardi soir.

Cet événement a lieu une semaine après l’annonce par le bureau du coroner du Québec d’une nouvelle enquête sur l’augmentation des décès de personnes sans abri à Montréal.

M. Singh a été incinéré à Montréal la semaine dernière, quatre mois après son décès, et Mme Saman poursuit ses démarches afin de rapatrier ses cendres en Inde.

Les papiers de M. Singh indiquent qu’il est arrivé au Canada en provenance d’Inde en 2018 en tant que demandeur d’asile, mais Mme Saman a expliqué qu’il a eu du mal à trouver du travail. Elle a précisé qu’il est resté en situation irrégulière après l’expiration de sa carte brune et de son permis de travail en 2022.

Elle est en contact avec la famille de M. Singh, notamment sa femme et ses deux enfants, qu’il espérait pouvoir faire venir au Canada. Mme Saman a indiqué que la famille était anéantie et a eu des difficultés à retrouver son corps et à le rapatrier pour l’inhumation en raison de la barrière de la langue et de contraintes financières.

Elle a ajouté que la famille souhaite obtenir des réponses. Bien que l’enquête menée par Stéphanie Gamache porte sur le décès de cinq personnes, le bureau du coroner a indiqué qu’elle pouvait élargir son enquête à d’autres cas, les statistiques révélant une forte augmentation du nombre de décès ces dernières années dans la province.

Alors que seuls 19 décès de personnes sans abri ont été recensés au Québec en 2020, le bureau du coroner précise que ce nombre est passé à 21 en 2021, 38 en 2022, 88 en 2023 et 123 en 2024.

Le bureau du coroner a ajouté qu’il ne disposait pas encore de données complètes pour 2025.

Amy Darwish, coordonnatrice d’un organisme communautaire d’aide au logement du quartier, a expliqué que M. Singh avait été expulsé d’un logement exigu qu’il partageait avec plusieurs autres personnes à la suite d’une dispute avec un colocataire. Il s’est retrouvé à la rue, exposé au froid.

Mme Darwish a souligné qu’il n’y a ni refuge d’urgence ni halte-chaleur dans le quartier, ce qui aurait pu sauver la vie de M. Singh.

«Cette mort aurait pu être totalement évitée. Il n’aurait pas dû mourir ainsi. Et je crois que cela met en lumière la nécessité de prendre des mesures pour que cela ne se reproduise plus», a-t-elle déclaré.

Mme Darwish a indiqué avoir été informée du décès de trois autres personnes sans abri dans le quartier au cours de l’hiver.

Parc-Extension était autrefois reconnu comme le quartier le plus abordable et le plus diversifié de Montréal. Mais, comme partout dans la ville, les loyers ont explosé, surtout depuis l’arrivée d’un nouveau campus universitaire dans le secteur en 2019, a expliqué Mme Darwish.

«Les propriétaires ont voulu en profiter, et les loyers sont devenus incontrôlables, a-t-elle déploré. Il est très difficile de trouver un logement abordable, ce qui crée un contexte où les gens se sentent obligés d’accepter des conditions souvent très précaires et abusives.»

Les organisateurs de la veillée, dont Mme Darwish, réclament de meilleures ressources pour les personnes sans abri du quartier. Ils souhaitent également que le gouvernement adopte un programme visant à régulariser la situation des migrants sans papiers, comme M. Singh.