La production de pétrole des sables bitumineux devrait croître de 17 % d’ici 2033

CALGARY — L’organisme de réglementation chargé de superviser le secteur pétrolier et gazier de l’Alberta a publié un nouveau rapport prévoyant que la production de sables bitumineux de la province augmentera de plus de 17 % d’ici 2033.

Dans la dernière version de ses prévisions annuelles, publiée lundi, le Régulateur d’énergie de l’Alberta (AER) prévoit que la production de bitume brut — le pétrole épais et collant que l’on trouve dans la région des sables bitumineux de l’Alberta — atteindra quatre millions de barils par jour en 2033, contre 3,4 millions de barils par jour l’année dernière.

La majeure partie de la croissance ne devrait pas provenir des gisements de sables bitumineux, mais des opérations in situ, qui utilisent de la vapeur pour prélever le pétrole en profondeur, sous la surface de la Terre.

Le rapport dresse le portrait d’un avenir dans lequel les sables bitumineux demeureront le principal moteur du secteur énergétique de l’Alberta, malgré des opportunités de croissance accrues pour les formes d’énergie alternatives comme l’énergie à l’hydrogène, l’hélium, le lithium et la géothermie.

«À notre avis, les formes d’énergie conventionnelles – je parle du pétrole, du gaz, du bitume – devraient perdurer et feront partie du mix énergétique pendant la transition énergétique», a dit Afshin Honarvar, économiste en chef de l’AER, lors d’une webémission organisée à l’occasion de la publication du rapport.

En 2023, le bitume représentait 66 % de la production totale de pétrole du Canada, selon les chiffres de l’AER.

Le secteur est de plus en plus surveillé en raison de ses méthodes de production qui causent de fortes émissions de gaz à effet de serre (GES).

Vers un plafonnement?

Le secteur pétrolier et gazier est déjà l’industrie la plus polluante du Canada, et l’augmentation de la production des sables bitumineux au cours de la dernière décennie a entraîné une augmentation des émissions totales du secteur, à un moment où de nombreux autres secteurs de l’économie réussissent à réduire leurs émissions de GES.

Le gouvernement fédéral a proposé de plafonner les émissions de GES du secteur pétrolier et gazier afin de contribuer à ralentir les changements climatiques. Les règles obligeraient l’industrie à réduire ses émissions de GES de 35 à 38 % par rapport aux niveaux de 2019, et ce, d’ici 2030.

La position officielle de l’Alberta est qu’un plafonnement des émissions équivaudrait à un plafonnement de la production, restreignant la croissance et les investissements dans le secteur énergétique de la province.

L’AER estime que l’industrie des sables bitumineux peut se développer tout en réduisant leurs émissions, si elle déploie une technologie de captage et de stockage du carbone.

Un consortium d’entreprises de sables bitumineux, appelé Alliance nouvelles voies, a exprimé son intérêt pour la construction d’un réseau massif de captage et de stockage du carbone dans le nord de l’Alberta afin de réduire les émissions des sites de production de sables bitumineux, mais n’a pas pris de décision finale en matière d’investissement.

«En ce qui concerne le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, nous pensons qu’il s’agit d’une technologie très pratique et réalisable qui peut être utilisée par l’industrie afin d’atteindre ses objectifs opérationnels, ainsi que ses objectifs de neutralité carbone nette», a dit M. Honarvar.

Un récent rapport de Deloitte a adopté le point de vue opposé, concluant que les sociétés d’exploitation des sables bitumineux contraintes de réduire leurs émissions face à un plafonnement imposé par le gouvernement fédéral devraient réduire leur production plutôt que d’investir dans une technologie trop coûteuse de captage et de stockage du carbone.

L’AER prévoit également que les prix mondiaux du pétrole continueront d’augmenter, passant d’une moyenne projetée de 76 $ US le baril, pour la référence West Texas pour l’année en cours, à 83,63 $ US d’ici 2033.

Différents prévisionnistes ont des points de vue différents sur les perspectives à long terme du pétrole et des prix du pétrole.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande de pétrole continuera de croître jusqu’en 2030, mais a suggéré que l’augmentation de la production mondiale entraînerait une surabondance de l’offre avant la fin de la décennie, ce qui pourrait faire baisser les prix du pétrole.

La banque d’investissement Goldman Sachs a estimé que la demande de pétrole n’atteindrait pas son maximum avant 2034, et que même dans ce cas, elle stagnerait pendant plusieurs années plutôt que de diminuer fortement.

La Régie de l’énergie du Canada a présenté différents scénarios dans lesquels la demande future de pétrole varie considérablement, dépendamment de si le Canada et le reste du monde respectent ou non leurs engagements climatiques.