Le ministre de la Justice accuse le Barreau de manquer de nuance
QUÉBEC — Le gouvernement Legault s’en prend au Barreau du Québec.
Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, estime en effet que l’ordre professionnel qui représente les avocats manque de nuance dans ses critiques sur de récents projets de loi déposés par le gouvernement.
Il est inédit qu’un ministre de la Justice vilipende ainsi directement le Barreau.
L’organisme n’a pas mis de temps à réagir: l’ordre professionnel soutient qu’il tente plutôt de «recadrer le débat» et que le ministre de la Justice «fait diversion».
En mêlée de presse vendredi matin, le ministre a reproché au bâtonnier d’avoir comparé le Québec à des régimes autoritaires comme la Corée du Nord et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), l’État communiste instauré à la place de l’empire russe de 1917 à 1991.
«Parfois, le Barreau du Québec devrait nuancer ses propos», a-t-il déclaré dans les corridors du parlement avant la période de questions.
«C’est bien mal me connaître de penser que je pourrais comparer le Québec à la Corée du Nord ou à l’ex-Union soviétique», a répliqué le bâtonnier du Québec, Marcel-Olivier Nadeau, dans une entrevue avec La Presse Canadienne vendredi après-midi.
«Le Québec n’est pas une dictature et ne sera jamais une dictature. (Le ministre) me connaît bien et il sait que je ne comparerais pas le Québec à des États totalitaires. Le ministre de la Justice fait une grande diversion ici.»
Me Nadeau veut donc «recadrer le débat», non pas sur si le Québec est en train de devenir une dictature, mais plutôt «à quel point on est prêt à défendre un État de droit fort».
Le Barreau a exprimé des critiques concernant entre autres le projet de loi sur la constitution du Québec, piloté d’ailleurs par M. Jolin-Barrette, notamment parce que le gouvernement veut interdire à des organismes d’utiliser des fonds publics pour contester des lois considérées comme fondamentales pour le Québec.
Mais le Barreau a également attaqué la réforme de la rémunération des médecins en demandant le retrait des dispositions mettent en place des mesures de surveillance et d’enquête.
Enfin, l’organisme s’inquiète aussi du projet de loi sur la gouvernance des syndicats, car selon lui, il empêcherait les syndicats de faire valoir leurs opinions en justice ou sur la place publique.
Dans un communiqué, l’organisme avait évoqué un risque de dérive autoritaire.
«C’est un affaiblissement sans conteste de l’État de droit», a tranché le bâtonnier.
«Le Barreau du Québec a son opinion, je ne partage pas l’avis du Barreau émis par rapport à ça», a affirmé le ministre en rappelant qu’il est lui-même membre de cet ordre professionnel.
Me Nadeau a fait valoir que ses sorties étaient d’un autre ordre que ce que lui impute M. Jolin-Barrette.
Selon le bâtonnier, le Québec est un État occidental menacé comme les autres États occidentaux par la montée du populisme. Il a évoqué notamment les exemples de ces dérives aux États-Unis, en Pologne et en Slovaquie.
«On ne doit en ce sens tolérer aucune dérive autoritaire propre à ébranler les fondements d’un État de droit», a-t-il mis en garde.
Un État de droit fort, c’est un État dans lequel la liberté d’expression est forte, la liberté d’association est forte, le droit de s’adresser aux tribunaux est fort, et c’est ce qui est menacé par les propositions législatives du gouvernement, a poursuivi le bâtonnier.
«C’est ce qu’on tente de dénoncer dans les dernières semaines. Le Québec est un État de grande liberté et donc ne gâchons pas ça.»
