Les agents de bord de WestJet approuvent le mandat de grève
Les agents de bord de WestJet ont donné leur feu vert à une grève qui pourrait voir des milliers de salariés se mettre en grève dans moins de trois semaines s’ils ne parviennent pas à conclure un nouvel accord sur leurs revendications contractuelles.
Dans une note d’information adressée à ses membres et obtenue par La Presse Canadienne, le syndicat représentant quelque 4400 membres du personnel navigant commercial de la compagnie aérienne établie en Alberta indique que ceux-ci ont voté à 99 % en faveur du mandat de grève. Le taux de participation a dépassé les 97 %.
Ce mandat n’entraîne pas de mouvement de grève immédiat, mais confère aux responsables syndicaux le pouvoir de déclencher une grève après une période de réflexion.
Une grève pourrait avoir lieu dès le dimanche 2 août, pendant une longue fin de semaine dans la majeure partie du Canada.
Cette dernière initiative intervient alors qu’un obstacle majeur — la rémunération du travail effectué au sol — refait surface moins d’un an après avoir provoqué un arrêt de travail de 10 000 agents de bord chez Air Canada.
«Le point d’achoppement pour nous en ce moment, c’est le travail non rémunéré et la façon dont notre salaire est calculé. À cela s’ajoute le taux de rémunération lui-même», affirme Alia Hussain, présidente de la section syndicale de WestJet, lors d’une entrevue accordée mercredi à l’extérieur de l’aéroport de Calgary.
«Nous estimons qu’il y a une quantité importante de travail non rémunéré, ce qui explique pourquoi cette question reste en suspens à la table de négociation.»
Ces commentaires surviennent un jour après qu’environ 250 agents de bord de WestJet se sont tenus dos à dos devant le siège social de la compagnie à Calgary pour adresser un message à la direction concernant ces salaires. Apparaissant en uniformes, ils arboraient des messages en anglais, tels que «Prêts à faire grève», «Le travail non rémunéré ne décollera pas» et «Frustrés par WestJet? Nous aussi».
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) indique dans un communiqué que les pourparlers sont dans une «impasse», malgré des progrès dans certains domaines. Les négociations doivent reprendre lundi, selon Mme Hussain.
Le président et chef de la direction du groupe WestJet, Alexis von Hoensbroech, souligne que l’autorisation de grève est une étape courante dans le cadre des négociations «et ne signifie pas qu’une grève est imminente».
«Nous restons fermement déterminés à parvenir à un accord significatif avec le SCFP qui reconnaît la contribution et le professionnalisme de nos membres du personnel de cabine et qui permet à WestJet de demeurer compétitive et durable», indique-t-il dans un communiqué.
La rémunération au sol en question
La rémunération du travail au sol reste un sujet de discorde majeur chez WestJet, après que les agents de bord d’Air Canada ont obtenu en février une rémunération pour le travail au sol qui atteindra 70 % de leur taux horaire pour l’heure précédant le décollage.
Le système actuel d’«heures de crédit» de WestJet combine «le temps de vol, les tâches au sol, les retards et d’autres exigences opérationnelles en un seul taux horaire plus élevé» qui est ensuite crédité sur l’ensemble de la journée de travail, explique la compagnie sur son site web.
Le taux de rémunération varie entre 28,45 $ et 53,61 $ par heure de crédit. À raison de 80 heures de crédit par mois — ce qui correspond à un emploi à temps plein —, cela représente entre 2300 $ et 4300 $.
Alors que de nombreuses compagnies aériennes maintiennent ce type de structure de rémunération, Delta Air Lines a été à l’avant-garde des réformes en 2022 en devenant la première compagnie en Amérique du Nord à rémunérer spécifiquement les agents de bord pour le travail effectué au sol. American Airlines et Alaska Airlines ont emboîté le pas en offrant une rémunération d’embarquement équivalant à 50 % des taux réguliers.
Le syndicat a tout intérêt à faire pression pour obtenir une certaine forme de rémunération au sol afin de consolider les acquis qu’il a obtenus chez Air Canada, selon Steven Tufts, professeur agrégé en relations de travail à l’Université York.
«Si le SCFP ne parvient pas à étendre le modèle de rémunération au sol à d’autres compagnies aériennes au Canada — c’est-à-dire Air Transat et WestJet —, celui d’Air Canada sera menacé», explique-t-il.
«C’est un objectif vers lequel les agents de bord travaillent depuis plus d’une décennie.»
Quelle intervention d’Ottawa?
Une incertitude plane sur les négociations en cours avec WestJet: comment le gouvernement du premier ministre Mark Carney pourrait-il intervenir?
Quelques heures après que certains agents de bord d’Air Canada se sont mis en grève en août dernier pour protester contre ce qu’ils considéraient comme du travail non rémunéré, la ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, a ordonné au Conseil canadien des relations industrielles de leur enjoindre de reprendre le travail. Le syndicat a défié cette ordonnance, forçant Air Canada à retourner à la table de négociation, où les parties ont conclu une entente de principe.
Les membres l’ont rejetée lors d’un vote, et l’impasse a finalement été résolue après que les parties se sont entendues pour recourir à l’arbitrage exécutoire, ce qui a donné lieu à une compensation partielle pour le travail au sol.
«La vraie question, c’est de savoir ce que (Mark) Carney va faire», se demande M. Tufts.
Les défenseurs des droits des travailleurs ont critiqué les modifications proposées au Code canadien du travail, les qualifiant de tentative d’affaiblir la négociation collective, souligne-t-il.
«Il s’agit en réalité de signaler que le Canada est ouvert aux affaires», rappelle M. Tufts.
«C’est là que je pense que cette affaire constitue un cas type, et qu’elle pourrait en fait déboucher sur une lutte syndicale très importante.»
Le syndicat doit donner un préavis de 72 heures avant de déclencher une grève. Avec la fin de la phase de conciliation des négociations, une période de réflexion de 21 jours a débuté le 12 juillet.
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