Tribune libre: Des logements pour qui? Des logements à quel prix?

OPINION. La ville de Granby est touchée pour le manque de logements de façon importante depuis quelques années. Pour y répondre, beaucoup de logements sont construits sur l’ensemble de son territoire. Est-ce que tous ces nouveaux logements répondent au besoin de ses citoyens? Conformément à sa Politique de densification, plusieurs immeubles nouveaux sont présents ou en voie de l’être dans le centre-ville, autour du centre aquatique, et cela est une bonne solution. Surtout, qu’une partie de ces logements sont abordables mieux encore, dédiés aux personnes à faible revenu. Ce sont des réponses appropriées.

D’autres immeubles, en périphérie comme sur la rue Hémérocalles n’atteignent pas les mêmes objectifs. Nous savons que plus de logements n’égalent pas plus d’accès pour la classe moyenne et pour tous ceux qui se situent dans cette moyenne de revenus à Granby. C’est un mythe entretenu pas les promoteurs et certains élus. Ainsi, comme le rapporte la réputée journaliste économique, Stéphanie Grammond, ça peut prendre 20 ans avant qu’une régulation se produise, c’est-a-dire qu’un surplus de logements fasse baisser le prix de l’ensemble. (1) (2).

Il faut se rappeler que la Politique d’habitation adoptée en 2024 évaluait que le besoin et la capacité de la Ville se limitaient à 5 500 logements nouveaux sur 10 ans, soit 550 de plus par année (3). Depuis seulement deux ans, c’est beaucoup plus qui ont été construits et pourtant, le manque de logements abordables est encore présent. Les données fournies par la Ville expliquent cet écart:

Taux d’inoccupation des logements de Granby, selon le loyer mensuel

  • Moins de 750 $: 0,2 %
  • de 750 $ à 999 $: 1,2 %
  • De 1250 $ à 1499: 3,8 %
  • 1499 $ et plus: 4,8 % 

Source: Ville de Granby

En 2026, il y a suffisamment de logements à prix plus élevés et la Ville continue de répondre oui aux promoteurs qui soumettent de nouveaux projets malgré qu’elle a atteint et même dépassé ses objectifs (4)

Constats: Même si la Ville accorde des permis de construction à la vitesse grand V, une tranche importante de ses citoyens demeure en difficulté. Ces logements servent davantage à accroître la population et le coût des services par la venue de nouveaux citoyens. Est-ce que la Ville sera plus rentable avec 80  ou 90 000 habitants en offrant plus de services, avec plus de rues, une usine de traitements d’eau à agrandir, tout cela entraînant plus de coûts? Rien n’est démontré à ce niveau.

D’autre part, le Plan de densification 2024 vise la mixité sociale, la mobilité active et à “encadrer les développements immobiliers pour assurer leur densité et préserver les milieux naturels” (5).

Nous remarquons qu’aucun de ces axes ne justifie le projet de plus de 400 logements dans le Boisé des Oliviers aussi nommé Terres Lamoureux. Il se trouve que la Ville a choisi d’inclure ce secteur adjacent  à  un quartier de très faible densité dans le périmètre de densification sans respecter ses propres orientations. De plus, la Ville n’a pas agi pour encadrer l’empiétement sur les milieux humides par une réglementation malgré le fait qu’un objectif “court terme” de son Plan de conservation des milieux naturels (2025) est d’ “utiliser les outils de réglementation pour la protection des milieux naturels”(6). En 2021, la Politique de conservation des milieux naturels notait qu'”une réglementation municipale pourrait également permettre d’assurer la conservation intégrale des milieux humides sur le territoire”(7). Depuis ce temps, nous continuons de perdre des milieux humides si nécessaire pour la biodiversité, la réduction des GES et l’adaptation aux changements climatiques que la Ville dit prendre en compte avec des plans ou politiques sur ces questions cruciales. 

À ce jour, Granby ne se soumet qu’aux règles minimales du ministère de l’Environnement et de la MRC Haute-Yamaska, alors qu’elle a des responsabilités à l’égard des citoyens, de leur santé et de l’environnement. Il s’agit ici pour le Conseil municipal de choisir le bien commun de ses citoyens.

Pour qui?

Pour qui développer ce secteur si cela ne règle aucunement le manque de logements abordables et va accroître les surplus de logements à prix élevés? C’est un mythe de croire qu’une ville plus populeuse rend de meilleurs services en augmentant ses charges. Ce projet va à l’encontre de la volonté des citoyens déjà exprimée dans un sondage mené par la Ville en 2021.

 À quel prix?

Tout en reconnaissant les nombreux bons coups de la Ville au niveau de la densification au centre-ville et dans d’autres secteurs, il est incohérent que des quartiers soient développés comme il y a 20 ans sans prendre en compte ses propres orientations et en repoussant l’établissement de réglementation.

Il y a un prix social à ne pas tenir compte des éléments bâtis et de ses payeurs de taxes depuis de nombreuses années. Les élu.e.s devraient tenir compte du sondage qu’elle a commandé en 2018 et qui révélait que “De tous les enjeux municipaux évalués, celui de l’environnement était d’ailleurs jugé le plus important par la population, devançant ainsi les enjeux tels que la taxation et les dépenses municipales (Léger, oct. 2018). (7, page 5)

Il y a un prix environnemental à laisser des milieux être détruits, sachant que cela ne peut être compensé. Ce sont des pertes nettes. L’impact sur la qualité de l’air, de l’eau, de la biodiversité touche directement la santé humaine.

Au plan économique, les coûts sont importants, les infrastructures à entretenir, les services supplémentaires que demande un accroissement rapide de sa population, sans compter les risques environnementaux, comme la présence de plantes envahissantes, les nombreux déplacements automobiles, vu l’absence de mobilité active tel que prôné dans le Plan conservation  (6, page 27)

J’invite les élus à être cohérents et ne pas renier leurs propres décisions récentes et celles des dernières années. Il faut plus que des orientations, il faut passer à  l’action. C’est maintenant qu’il faut répondre oui à la majorité des citoyens qui attendent du courage pour relever les défis de 2026.

Clément Roy

Granby

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1. https://www.lapresse.ca/actualites/editoriaux/2026-05-23/hein-quoi-la-crise-du-logement-est-terminee.php

2. https://www.cmhc-schl.gc.ca/observateur-logement/2025/regler-crise-logement-marathon-pas-sprint. “D’après nos conclusions, il faut jusqu’à 20 ans pour que l’effet de la hausse de l’offre de logements du marché se fasse pleinement sentir, autrement dit pour qu’elle fasse baisser les prix.” 

3. https://www.granby.ca/sites/default/files/2025-11/politique-habitation-octobre-2024.pdf page 86

4. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2246834/taux-inoccupation-logements-granby 

5. https://www.granby.ca/sites/default/files/2025-11/politique_densification-octobre-2024.pdf page 4 

6. https://www.granby.ca/sites/default/files/2025-11/plan-conservation-milieux-naturels-juillet-2025.pdf page 28, stratégie 8 

7. https://www.granby.ca/sites/default/files/2025-11/politique-de-conservation-milieux-naturels-2021.pdf page 12 et page 5