CF Montréal: pathétique

CHRONIQUE. J’étais au Stade Saputo en famille, samedi, pour le match d’ouverture local du CF Montréal et ce que j’y ai vu était triste, pour ne pas dire pathétique.

Chronique Gérant d’estrade avec Raphaël Doucet.

Triste dans les gradins, alors que la moitié du stade était vide. Heureusement qu’il y avait les ultras pour chanter et danser tout le long, sinon, ça aurait été tranquille en maudit.

Triste sur le terrain aussi, alors que le CF Montréal peinait à construire un jeu. Une ou deux passes, puis on garroche le ballon en avant. Du bon vieux kick and run, comme dans mon temps avec les Cosmos, et qu’on visait Mag ou Étienne devant.

Puis, après le match, personne de disponible. Pas de coach. Pas de joueurs. Personne pour parler aux médias. De kessé?!? Je suis dans les médias sportifs depuis 2003 et je n’avais jamais vu ça.

Hier, on a compris pourquoi, alors que le CFM a annoncé le congédiement de Marco Donadel. Après sept matchs. Bravo Marco, t’as fait un peu mieux que Laurent Courtois l’an passé, lui qui avait été limogé après cinq rencontres. Lisez le sarcasme ici.

Et c’est d’ailleurs ce qui m’inquiète le plus avec le CF: plus que jamais, les partisans parlent de l’équipe avec sarcasme, cynisme et dérision. La colère n’y est plus. La déception non plus. Mais le cynisme y est, big time. Et, ça, c’est inquiétant. Car il n’y a rien de pire que le détachement des fans envers leurs favoris. Si « they don’t care, who will care? ».

Des portes tournantes

« Bon, Doucet exagère. Il connait quoi au soccer lui? »

Pour les non-habitués de ma chronique, sachez que j’ai joué au soccer de 4 à 26 ans, dont les huit dernières années dans le sénior AAA, dans la défunte LSEQ. J’ai aussi été analyste des matchs du CF Montréal à la radio, au 91.9 Sports, en 2021 et 2022. J’ai donc pu côtoyer de très près l’équipe pendant deux ans.

Ma première année, Thierry Henry était l’entraîneur et la deuxième, c’était Wilfried Nancy. Quatre ans plus tard, je ne digère pas encore le départ de Nancy, d’autant plus que depuis, Hernan Losada, Laurent Courtois et Marco Donadel n’ont fait que passer comme pilote.

D’ailleurs, ce sont les portes tournantes au poste d’entraîneur depuis l’arrivée du club en MLS, en 2012. Êtes-vous prêts? Marsch, Biello, Schällibaum, Klopas, encore Biello, Garde, Cabrera, Henry, Nancy, Losada, Courtois et Donadel. Du lot, Klopas, Biello, Garde et Nancy sont les quatre seuls à avoir franchi le cap des 600 jours en poste. Six-cents jours… ce n’est même pas deux ans! Pathétique.

Ce va-et-vient au poste de coach me fait croire que le problème, ce n’est pas les joueurs sur le terrain. Le problème, c’est la culture du club, l’ambiance et la ligne directrice. Et, aussi, le recrutement des entraîneurs. On ne fait simplement pas le bon choix.

Je reviens, donc, ici, à la ligne directrice. Joey Saputo ne veut plus investir à Montréal. Il se concentre sur son autre club, à Bologne.

Son fils, Luca, est maintenant le « directeur principal au recrutement et à la méthodologie sportive » et Gabriel Gervais est, depuis mars 2022, président et chef de la direction. J’avais vraiment foi en Gervais quand il est arrivé, après une solide carrière de joueur à Montréal et de dirigeant, chez Deloitte. Mais force est d’admettre que, quatre ans plus tard, son constat en est un d’échec. Point.

30 victoires en 109 matchs

Depuis le départ de Nancy, le CFM présente un dossier de 30 victoires, 54 défaites et 30 verdicts nuls… 30 victoires en 109 matchs! Outch. Et ce, malgré trois entraîneurs et une multitude de joueurs différents.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, autant sur le terrain que dans les gradins.

Je n’ai jamais osé le dire, mais là, je vais le faire. On est rendu là: Joey Saputo doit vendre l’équipe, pour lui donner un second souffle et assurer sa survie à long terme à Montréal.

Le hic, c’est que selon Forbes, le CF Montréal vaut environ 435 millions de dollars américains. Qui serait assez fou/passionné pour payer ça, avec les insuccès répétés de l’équipe et le fait que le Stade Saputo, oui, appartient à la famille Saputo, mais pas le terrain sur lequel il est érigé. Lui, il est propriété du Parc olympique. Ça limite les possibilités.

Luc Poirier, un club de soccer, ça te tenterait pas?