Le yo-yo du CDC
CHRONIQUE. Jeune adulte, j’ai coaché au soccer pendant deux ans. Et j’ai repris le collier en 2019, pour diriger mon plus vieux, puis mes jumeaux, depuis 2020. Mais j’ai décidé de prendre une pause, cet été.
Chronique Gérant d’estrade avec Raphaël Doucet.
Tanné de devoir gérer des enfants? Non. Tanné du comportement des parents? Non plus. Simplement tanné du yo-yo de joueurs et de coachs dans le CDC.
C’est quoi le CDC? C’est le Centre de développement du club, qui réunit les jeunes de U-9 à U-12. Que ton jeune soit très bon, bon, moyen ou mauvais, il peut jouer dans le CDC. On accepte tout le monde, comme demandé par Soccer Québec. Et comme la fédération l’exige, dans le CDC, il n’y a pas d’équipes « fermées ».
Pour chaque match (maintenant connu sous le nom de rassemblement, formé de deux mini-matchs par jour, une fin de semaine sur deux) ou chaque tournoi, les équipes changent. Par exemple, dans le U-11, ce sont des équipes de 14. Après chaque rassemblement, les entraîneurs sont appelés à évaluer les joueurs.
Les 2-3 joueurs qui ont le moins bien performé en division 1 vont aller jouer en division 2 la prochaine fois. Et les 2-3 meilleurs de la D2 vont monter en D1. Et ainsi de suite. À chaque rassemblement et à chaque tournoi! Les entraîneurs aussi changent. Pendant deux semaines, c’est tel duo. Pendant deux mois, c’est tel autre. Pendant un seul tournoi, question de secouer les troupes, c’est tel autre.
Ce sempiternel yo-yo a eu raison de moi. Je l’avoue, je tenais tellement à ce que chaque jeune joue dans le bon niveau que je prenais ça trop à coeur. Je passais trop de temps dans notre « group text » de coachs, pour m’assurer que chaque joueur soit dans la bonne chaise, comme dirait Martin St-Louis. J’aurais dû davantage laisser aller. J’ai essayé, mais j’en étais incapable.
La bonne formule?
Je ne blâme pas mon association, AS Montis, de pareil yo-yo. Elle suit à la lettre les recommandations de Soccer Québec (contrairement à plusieurs clubs que je ne nommerai pas ici). Je m’interroge toutefois sur cette formule CDC instaurée par Soccer Québec en 2020.
Dans mon temps, il y avait un camp de sélection pour les Cosmos de Granby. Si tu ne faisais pas le U-10 AA, tu allais jouer A. Et si tu étais coupé du A, tu allais jouer au local/récréatif, avec les Loisirs de Granby. Personne n’est mort.
Aujourd’hui au soccer, de U-9 à U-12, il n’y a plus de coupures. Tout le monde est beau et gentil (et les jeunes n’apprennent pas à faire face à de l’adversité). Tu te retrouves donc, lors des entraînements CDC, avec des groupes franchement disparates. Pour vous donner une idée, à Montis l’an dernier, dans le U-11, on était 80! Imaginez la différence de niveau de jeu entre le 1er et le 80e. Elle est immense!
Moins de changements
Comprenez-moi bien, je suis POUR les équipes ouvertes. Un jeune, d’un mois à l’autre ou d’une année à l’autre, peut progresser ou régresser rapidement.
Je suis toutefois totalement contre l’idée de changer les équipes à chaque semaine ou à chaque deux semaines. Pensez à la pression et au stress que les jeunes D1 ressentent lors de chaque rassemblement ou tournoi, à devoir faire partie du Top 11-12 sur 14 sinon ils vont aller jouer D2 la semaine suivante.
Soccer Québec devrait imposer des changements d’équipes aux mois ou aux deux mois (pas aux semaines!) question de laisser les jeunes jouer avec plaisir et confiance. Au lieu qu’ils ressentent constamment la pression d’être, peut-être, relégués.
Un ou deux mauvais matchs, ça arrive à tout le monde. Surtout à 9-10-11-12 ans!
Une mauvaise séquence ne devrait pas te coûter une place dans l’équipe. Un mauvais mois? Deux mauvais mois? Oui.
Les coachs pourraient alors dire au jeune: « Va en D2 travailler ceci et cela. Amuse-toi et fais-toi confiance. On se reparle dans quelques semaines. »
Même chose pour les D2 qui montent D1: « Tu as (un) ou (deux) mois pour nous montrer ce dont tu es capable. Amuse-toi et fais-toi confiance. »
Cette stabilité, j’en suis convaincu, amènerait les jeunes à progresser davantage et, surtout, à éprouver plus de plaisir à jouer.
Le va-et-vient actuel a eu raison de quelques bons jeunes joueurs autour de moi. Ils se sont tannés. Et moi, qui aimais coacher et créer des liens avec les jeunes et les pousser à donner leur maximum via des encouragements dynamiques, aussi.
Bon, je vous laisse, j’envoie de ce pas ma chronique à Soccer Québec.
