Véronique Brodeur: la vie à 12 degrés

Véronique Brodeur: la vie à 12 degrés

Véronique Brodeur est un exemple de résilience; sourde de naissance, la mère de deux enfants s'est également battue, au courant des dernières années, pour conserver le peu de vision qu'elle possède encore.

Crédit photo : (Photo: GranbyExpress-Roxanne Langlois)

VÉCU. Il y a deux ans, Véronique Brodeur amassait des fonds afin de mener sa lutte contre la cécité. Après une opération subie à Cuba visant à ce qu’elle puisse conserver les 12 % de vision qu’elle possède encore, la Granbyenne jette définitivement un nouveau regard sur la société qui l’entoure. Rencontre avec une femme inspirante qui doit sa vue à sa communauté.

Après l’accouchement de la première de ses deux filles, en 2006, la santé de la jeune maman fait des siennes à plusieurs niveaux. On lui diagnostique d’abord une colite ulcéreuse et la maladie de Crohn, deux maladies intestinales chroniques.

«En conduisant, j’ai coupé quelqu’un et j’ai réalisé que j’étais dangereuse. Pourtant, mes angles morts, je n’arrêtais pas de les faire», se rappelle celle qui s’est ensuite rendue chez l’optométriste pour un examen de routine, croyant souffrir d’un simple trouble visuel.Or, on lui annonce qu’elle souffre plutôt d’une rétinite pigmentaire, une maladie dégénérative de la rétine. En clair, ses 180 degrés de vision périphérique rétrécissent, si bien qu’à cette époque, elle n’en possède déjà plus que 22.

«C’est épeurant. Habituellement, quand tes yeux ne fonctionnent pas bien, tu peux te fier sur tes oreilles, mais moi, je ne peux pas», mentionne celle qui est également sourde de naissance.

Refusant d’apprivoiser la noirceur à laquelle elle est condamnée, Mme Brodeur traverse une période éprouvante; la colère l’habite. «Le spécialiste m’a dit de passer mon cours de canne blanche, que j’allais devenir aveugle. That’s it, that’s all», se souvient-elle, ne sachant pas, à ce moment, à quel moment le pire surviendrait.

En cherchant sur Internet, elle apprend qu’une agence québécoise fait le lien avec le Centre international de rétinite pigmentaire Camilo Cienfuego, pratiquant, en sol cubain,  une opération présentant un taux de réussite de 92 %. «C’est sûr que tu ne regagnes pas ce que tu as perdu, mais ça permet de ralentir la dégénérescence», résume la dame de 40 ans.

Désirant s’assurer que le processus relativement nouveau, non autorisé au Québec, est sécuritaire et efficace, elle décide de mettre le projet sur la glace. «Je voulais des témoignages, jaser avec des gens qui étaient passés par là», explique la Granbyenne. Huit ans s’écoulent, jusqu’à ce qu’elle lise un article de journal relatant une histoire ressemblant à la sienne; elle discute avec de nombreux patients et remet le dossier en priorité.

Des amis de la future patiente lancent ensuite une collecte de fonds GoFundMe à l’été 2016. «Ce n’est pas facile de demander de l’aide quand tu es une personne un peu orgueilleuse», admet-elle. Quelque 13 000 $ sont amassés à Granby et dans les environs, de sorte que l’hiver suivant, Mme Brodeur s’envole vers Cuba. Son séjour durera 21 jours, incluant les examens, l’opération et le rétablissement; tout se déroule pour le mieux.

«Je suis revenue de là soulagée, je me suis dit que j’avais tout fait pour mes yeux. Ça m’a permis de tourner la page. J’ai été dans la noirceur pendant huit ans à ne pas savoir quoi faire», se rappelle celle qui est retournée à La Havane, l’année suivante, pour des soins complémentaires.

Sensibilisation et reconnaissance

La vie de la mère de famille, déclarée invalide et ne pouvant plus conduire depuis plusieurs années, comporte sa part d’embûches. Malgré tout, elle réalise sa chance, son champ de vision étant pour le moment stable à ce qu’il était avant qu’elle passe sous le bistouri, soit environ 12 %.

«Je suis en extase devant la nature, quand je vois un beau paysage, je le dévore. J’ai un sens développé de l’esthétisme, j’adore la déco. J’en profite», lance la femme à la chevelure flamboyante et à la peau tatouée.

Véronique Brodeur souhaite aujourd’hui sensibiliser la population à la situation des personnes handicapées, l’ampleur des problématiques vécues par celles-ci n’étant pas toujours visible. «Souvent, on va porter des jugements. Même moi, j’en ai déjà eu», avoue Véronique, qui relate souvent être perçue comme «impolie» en public, par exemple lorsqu’elle coupe des gens en raison de sa vision limitée.

Cette dernière souhaite également aider les personnes vivant avec la même problématique et répondre à leurs questions, sachant trop bien qu’elles peuvent traverser un épisode difficile.

Et si environ un an et demi a passé depuis cette intervention tant convoitée et attendue, une chose demeure, raconte Véronique au GranbyExpress: «Je suis vraiment reconnaissante envers chaque personne qui m’a aidée d’une façon ou d’une autre», dit-elle tout sourire. Désormais, Véronique Brodeur regarde droit devant et c’est grâce à chacune d’elles et aux montants reçus, petits et grands.