Zoo de Granby: les gardiens mieux protégés des félins dangereux

Zoo de Granby: les gardiens mieux protégés des félins dangereux

Crédit photo : (Photo: GranbyExpress-Roxanne Langlois)

SÉCURITÉ. Le 8 août 2016, une gardienne du Zoo de Granby est sérieusement blessée dans l’attaque d’une lionne. Moins de deux ans plus tard, l’institution zoologique en est à implanter un système de sécurité unique au Canada pour protéger ses employés de ses pensionnaires les plus dangereux. Le parc animalier a accepté de faire une démonstration du nouveau dispositif au GranbyExpress.

De nouveaux éléments sont déjà perceptibles avant même d’entrer dans le secteur de transition des lions, au sous-sol du pavillon Afrika. Dans le corridor où circulent les membres du personnel, un tout nouveau stroboscope trône au-dessus de la porte y donnant accès. «Si une porte de gardien est ouverte à l’intérieur, chaque personne qui passe va le savoir parce qu’une lumière rouge va clignoter», explique le directeur des soins animaliers, Karl Fournier. Un jet de lumière est aussi projeté sur le sol.

En pénétrant dans cette zone subdivisée par des grillages où Congo et deux lionnes se réfugient lors de l’entretien de leur habitat ou de leurs repas, le nombre de portes intérieures et extérieures est impressionnant. On en compte onze au total, certaines dédiées à l’usage des gardiens, et d’autres, au passage des pensionnaires. Les ouvrir n’est plus aussi simple qu’avant. Désormais, il faut une clé que les gardiens et gestionnaires sont les seuls à détenir pour déverrouiller un boîtier où est rangée une deuxième clé permettant de manœuvrer les portes à l’aide d’un nouveau système automatisé.

Chaque personne appelée à pénétrer dans des lieux où peuvent se retrouver des félins, employés ou sous-contractants, se voit aussi remettre un cadenas qu’elle est la seule à pouvoir ouvrir: il doit être apposé à cette boîte de plastique dès l’entrée. «On s’assure comme ça que personne ne va manœuvrer une porte pendant que quelqu’un est dans l’habitat ou dans le transfert. Dès qu’il y a des cadenas, c’est qu’il y a des travailleurs sur place», ajoute M. Fournier.

La porte où l’employée s’était retrouvée face à face avec une lionne, comme toutes celles que franchissent les gardiens, ne peut désormais être ouverte que si d’autres issues critiques sont fermées. Ce système d’ouverture conditionnelle est d’ailleurs très sensible et permet d’anéantir toute chance de contacts directs entre les bêtes et les employés qui pourraient avoir lieu dus à une erreur humaine.

«Nos gens respectent très bien nos protocoles, mais parfois, par distraction ou parce qu’ils veulent aller plus vite, il peut y avoir un oubli. C’est là qu’un accident peut survenir. C’est ce que l’on a déjà vécu ici», explique M. Fournier, faisant référence à l’attaque de 2016 et, plus récemment, à la très courte cavale de Baïko, un léopard de l’Amour. Une porte mal cadenassée lui avait permis d’atteindre, le 25 avril dernier, un espace où peuvent également se trouver des employés;  la vigilance de l’un d’eux a toutefois permis d’éviter le pire.

De tels événements ne pourront plus se produire dorénavant. «Il faudrait que le gardien décide volontairement de rentrer à l’intérieur, en sachant que le lion est dans l’enclos fermé. On le voit très bien quand il y est», défend M. Fournier.

Le nouveau système est, grosso modo, ce qui se fait de plus sécuritaire, ajoute-t-il:  «On a fait le choix d’aller beaucoup plus loin en termes de sécurité que ce qui nous a été recommandé (par la CNESST). Personne n’a aimé ce qui s’est passé et personne ne veut revivre ça».

Le prix d’une vie

Ce nouveau système automatique, déployé au coût de plus de 30 000 $ pour les lions, a également été implanté, ce printemps, dans la zone de transition dédiée aux six léopards de l’Amour. Ce dernier compte 37 portes, ce qui a porté la facture à plus de 50 000 $ pour ce secteur. «C’est quand même un gros investissement, mais la sécurité de nos gens n’a pas de prix», estime Karl Fournier.

Tous les autres lieux qui accueillent les félins menaçants pour l’homme connaîtront le même sort. Ce sera le cas des installations des jaguars cet automne, puis de celles des tigres et des léopards des neiges en 2019. La sécurité sera également renforcée autour des hippopotames et des rhinocéros, également classifiés «code 1».

Paré à toute éventualité

Karl Fournier se rendra à Seattle, en septembre, afin de présenter l’initiative du jardin zoologique aux membres du comité de sécurité de l‘Association of Zoos and Aquariums (AZA). Le regroupement américain s’y intéresse et pourrait d’ailleurs éventuellement contraindre ses membres à se doter de tels équipements ou à déployer une mesure équivalente en termes de sécurité. Le Zoo de Granby serait ainsi paré à toute éventualité.

Au chapitre des félins, celui-ci accueille actuellement trois lions, six léopards de l’Amour, trois léopards des neiges, deux jaguars et quatre tigres.