Guy Laporte: gérer une radio en coopérative

Par Ugo Giguere
Guy Laporte: gérer une radio en coopérative
Le directeur général de la radio M105

Malgré un taux de survie supérieur aux entreprises, moins de trois coopératives de travail sur dix dépassent le cap des dix ans, selon les données du ministère des Finances et de l’Économie. Les 15 ans de la radio M105 de Granby représentent donc un modèle de réussite dans le domaine. Entrevue avec son directeur général et membre sociétaire, Guy Laporte.

Après avoir occupé plusieurs postes de gestion dans des radios commerciales traditionnelles, dont celui de directeur des programmes à la station Rock Détente de Sherbrooke, l’animateur de carrière fait le saut à la coop de Granby.

 

Au moment où Astral prend la décision d’affaires de fusionner ses directions des stations Rock Détente et Énergie, Guy Laporte voit son poste aboli. «Quelqu’un m’a écrit sur Facebook en disant la gang de Granby cherche un directeur musical», se souvient le DG rencontré dans son bureau au centre-ville.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a été accueilli à bras ouverts. «Stéphane Roy (le DG de l’époque) est un gars très proactif. Je lui ai envoyé mon C.V. le vendredi, je pense, et il m’a appelé le samedi», ajoute M. Laporte.

 

Il fait donc son entrée à M105 en juillet 2008 à la direction du produit. Tâche qui inclut la musique, l’animation et la promotion. Quatre ans plus tard, après avoir travaillé avec deux directeurs généraux, c’est à lui que le conseil d’administration confie le poste de grand patron du 104,9 FM.

 

Pour un gars qui arrive d’une culture capitaliste de grande entreprise, la gestion en coop peut représenter un certain choc. «Ça a été une découverte. On ne peut pas agir dans un milieu coopératif comme on le ferait dans un marché capitaliste», convient-il.

 

Sans aller jusqu’à parler de choc, Guy Laporte qualifie plutôt sa réaction de «prise de conscience d’une nouvelle réalité». Un ajustement qui force les gestionnaires à adopter une attitude plus consensuelle selon son expérience.

 

Ce n’est d’ailleurs pas évident pour tout le monde de composer avec plusieurs chapeaux, pour ne pas dire plusieurs personnalités. «On est employé, travailleur syndiqué, membre sociétaire de la coopérative et dans certains cas aussi, membre du conseil d’administration», énumère celui qui dit miser sur la formation et la communication.

 

Comme l’explique le directeur de la station, tout le monde a l’occasion de s’exprimer en assemblée générale annuelle, en assemblée extraordinaire ou encore au conseil d’administration. Il faut cependant savoir tracer la ligne. «Le reste du temps, tu es un employé de la radio M105. Pas un sociétaire qui se demande si on va faire des profits à la fin de l’année», tranche-t-il.

 

 

Parcours

Natif de la petite Ville-Marie, dans le Témiscamingue, c’est au moment d’entrer au cégep que Guy Laporte découvre l’univers de la radio. Inscrit en Sciences humaines sans maths, «comme tout le monde qui se cherche et qui ne sait pas trop où s’en aller», il commence à animer à la radio étudiante.

 

«Mon voisin de palier travaillait comme animateur à RNC Média (Radio-Nord) et c’est lui qui m’a fait entrer là, de nuit», raconte celui qui se décrit comme «un avocat manqué».

 

Fort de cette expérience et d’une nouvelle passion, Guy Laporte poursuit des études en communication à l’UQAM jusqu’à décrocher un baccalauréat. Entre temps, il profite de tous les longs congés comme des vacances pour retourner en Abitibi au micro de Radio-Nord.

 

Entre 1980 et 1995, il va avoir l’occasion d’occuper tous les postes possibles à l’intérieur d’une station, de la discothèque au contenu. L’animateur fait même une incursion au petit écran dans les émissions produites localement.

 

 

M105: histoire à succès

La petite station FM de Granby est née des cendres de la défunte station AM CHEF. Une poignée de travailleurs se retroussent les manches pour mettre sur pied leur coopérative de travail et informer la population locale. M105 prend l’antenne en 1997 et devient rapidement un incontournable lors de la crise du verglas de 1998. Un événement qui met littéralement la station au monde.

 

Comme le fait remarquer Guy Laporte, «la radio est retournée à l’essentiel, soit d’être un outil de communication». Depuis, M105 et sa communauté d’auditeurs n’ont fait que resserrer leurs liens. La station indépendante est d’ailleurs première dans son marché depuis quelques années.

 

«Le succès de M105, c’est un travail d’équipe. On a travaillé le format radiophonique pour s’adresser au bon public. Ça doit connecter avec l’auditoire. Il faut connaître à qui on parle. Ensuite, il y a des manières de faire de la radio selon l’auditoire à qui on parle», mentionne le DG en insistant sur l’importance capitale du contenu local.

 

«En ouvrant sa radio, c’est le seul endroit où l’auditeur peut entendre de la bonne musique et monsieur le maire expliquer les décisions du conseil municipal. Le défi, c’est de toujours demeurer pertinent dans la vie des gens.»

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