FICG: «l’effet Benjamin» prend d’assaut la deuxième demi-finale

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Par Roxanne Langlois
FICG: «l’effet Benjamin» prend d’assaut la deuxième demi-finale
Si les spectateurs sont sortis souriants de la salle jeudi soir, c'est en grande partie grâce à Jessy Benjamin. (Photo : Bertrand Duhamel photographe)

CRITIQUE. Jessy Benjamin. Voilà un nom qui a toutes les chances d’être prononcé de nouveau au cours des prochains jours: le Festival international de la chanson de Granby (FICG) semble avoir dégoté son premier véritable aspirant finaliste, jeudi soir, en la personne d’un crooner portant des bas blancs dans ses «gougounes»… Du moins, probablement est-il le premier à réellement sortir du lot.

L’auteur-compositeur-compositeur de Varennes se décrit plutôt mal; il s’expérimente. C’est d’ailleurs sur ce phénomène que s’est conclue, en beauté, la deuxième demi-finale de la semaine. La soirée s’était, avant cette singulière opération séduction, promenée entre poignants cris du cœur et cadence effrénée.

Débarqué sur scène une tasse à la main et dans l’autre, une guitare gonflable prénommée Carol, Jessy Benjamin a offert une performance pour le moins atypique qui n’aura certes laissé personne indifférent. Les spectateurs ont visiblement succombé au charme du showman, qui a conclu son numéro en fracassant son instrument factice au plancher. Le charismatique personnage aux chansons aussi langoureuses que joyeuses (écoutez San Miguel!) a d’ailleurs recueilli une ovation debout. La question à se poser est la suivante: le créateur humoristique pourrait-il avoir une sérieuse option sur le vote du public?

LES AUTRES, ce quatuor  »cool » vêtu aux couleurs d’une équipe de baseball, jongle avec le ska et le reggae tout en gardant le cap sur le rap. La formation de Longueuil n’a pas non plus à rougir de sa performance; la gymnastique orale à vitesse grand V mise de l’avant, notamment lors de sa troisième et dernière pièce, relevait de l’impressionnant. Si vous pensez que La danse à Saint-Dilon est rapide, ne vous risquez même pas à tenter d’imiter LES AUTRES.

Un tout petit bémol s’impose dans ce parcours quasi sans faute: comme c’est malheureusement trop souvent le cas chez les adeptes du style (et parce que la rapidité dicte sans aucun doute des compromis), il fallait tendre l’oreille pour capter les mots livrés en rafale au fil du numéro.

Le festif duo Fidel Fiasco.

Un autre groupe, Fidel Fiasco, s’était déjà chargé de décoincer la foule en ouvrant la soirée avec son gypsy punk explosif. Les Drummondvillois, arborant des lunettes de soleil, ont littéralement cassé la baraque, jetant de la bonne humeur et une énergie électrisante sur le Palace. Interagissant avec la foule comme si tous étaient réunis autour d’une (grosse) bière, les deux hommes-orchestres ont indéniablement le party dans le sang. Ils ont d’ailleurs célébré leurs cinq ans d’existence en s’amusant ferme sur les planches.

Un tel départ déjanté ne pouvait que faire ombrage au Néo-Brunswickois Alexandre Dionne, qui a suivi. Le lauréat du 49ième Gala de la chanson de Caraquet, qui n’a pas la voix du siècle ni les écrits les plus puissants, a livré une belle bataille qui, malheureusement pour lui, ne risque pas de le porter plus loin dans le concours. Une mention honorable doit toutefois être accordée à L’amour et la mort, une pièce déchirante sur laquelle l’artiste a bouclé sa prestation.

Le constat est sensiblement le même pour le Beauceron JS Lachance, venu ensuite. Celui qui a admis jouer sur scène ses propres compositions pour la toute première fois était en pleine capacité de ses moyens; on aurait d’ailleurs  cru à un auteur-compositeur-interprète expérimenté s’il n’avait pas vendu la mèche. Si le demi-finaliste n’a pas été le plus convaincant de la soirée, il pourra certainement quitter Granby avec le sentiment du travail accompli.

Une seule auteure-compositrice-interprète était au programme jeudi. Celle qui désire plus que tout vivre son grand rêve musical, Virginie, est si attachante qu’on voudrait le lui offrir sur un plateau d’argent. Elle avait d’ailleurs conquis d’avance son public, qui l’a acclamée bien avant ses premières notes.

La jeune femme de 25 ans a définitivement l’étoffe d’une rockeuse en plus d’une voix d’or; c’est d’ailleurs sans grand mal que l’on peut imaginer des fauteuils se retourner pour elle à La Voix.  Il ne manque à l’artiste de Rivière-des-Prairies qu’une étincelle, un brin d’originalité, pour briller de plein feu: elle manie son style de superbe façon, mais chante à l’intérieur de sentiers déjà fort battus.

Ce serait un impaire majeur que de ne pas mentionner l’excellent travail de Cynthia Veilleux, de Garoche ta sacoche, à l’animation de la soirée. Se métamorphosant tantôt en Yolande, une vieille dame à la voix de nicotine ayant 50 ans de volontariat au FICG derrière la cravate, la lauréate de la 45ième édition du FICG a suscité des rires francs et des moments cocasses. L’auteure-compositrice-interprète a relevé le défi lancé par le FICG avec brio, humour, et une parcelle d’autodérision qui fait sincèrement du bien. Bravo pour l’audace!

Coup de cœur du jour 2: définitivement Jessy Benjamin, ce nouveau Damien Robitaille en puissance qui a le mérite de patauger jusqu’aux genoux dans un univers créatif au caractère distinctif.

Les demi-finalistes de vendredi soir:

Élie Dupuis (Montréal, Québec)
Reney Ray (Kapuskasing, Ontario)
Daniel Groleau Landry (Ottawa, Ontario)
Les Monsieurs (Joliette, Québec)
Simon Elliot (Boisbriand, Québec)
Désirée (Montréal, Québec)

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