Crise du logement à Granby: des locataires en plein désespoir

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Par Sarah Villemaire
Crise du logement à Granby: des locataires en plein désespoir
Aussitôt affiché, aussitôt loué. La crise du logement se fait d'autant plus sentir à Granby affichant un taux d'inoccupation des loyers de type familial en Haute-Yamaska de 0,2 %. (Photo : GranbyExpress-Éric Patenaude)

CRISE DU LOGEMENT. En l’espace de quelques mois, la crise sanitaire a fait place à une crise du logement où nombreux locataires auront peine à se trouver un logis à prix abordable à Granby et les environs d’ici le 1er juillet. Une course contre la montre inatteignable pour plusieurs alors que le taux d’inoccupation des loyers de type familial en Haute-Yamaska a atteint le cap des 0,2 %.  

Marie* est une mère monoparentale de deux fillettes habitant au deuxième étage d’un duplex à Granby depuis maintenant quatre ans. En décembre dernier, elle a reçu un avis d’éviction de la part de son propriétaire désirant reprendre possession des lieux à des fins personnelles. Bien que le propriétaire soit légalement dans ses droits, selon le Tribunal administratif du logement, Marie se retrouve présentement dans une impasse alors qu’elle doit se trouver un autre appartement d’ici la fin du mois de juin. Une mission presque impossible en raison de la pénurie des loyers.

La situation de Marie est un cas parmi tant d’autres à Granby. À bout de ressources, plusieurs personnes font appel à des organismes afin de les aider dans leur recherche. C’est le cas, entre autres, du Groupe Actions solutions pauvreté (GASP) qui reçoit de nombreux appels par jour. «C’est un sujet qui revient chaque année, mais on voit que ça prend de l’ampleur en raison de la pandémie. Les gens sont désespérés et me demandent où aller pour trouver un logement. C’est rendu que même des organismes communautaires de la région me demandent ce que l’on doit faire pour aider les gens dans le besoin», explique Kim Verreault, coordonnatrice au GASP.

Selon Mme Verreault, la pénurie de logements est marquée par la hausse «exagérée» des prix. Selon la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), la hausse du prix des loyers a fait un bon de 6 % depuis le début de la crise.

«Parfois, il y a des augmentations de loyer sans aucune raison, dont certaines ne sont pas légales. Dans ce genre de situations, les locataires n’ont pas de grandes marges de manœuvre. Si tu décides de rester, tu n’es pas capable de payer ton loyer et si tu pars, tu te retrouves à la rue», affirme Kim Verreault.

Des critères qui n’en finissent plus

En plus des prix qui augmentent, les locataires font parfois face à des injustices en raison de leur situation familiale ou financière. Malgré un emploi stable, une bonne cote de crédit et de bonnes références, Marie s’est parfois fait montrer la porte par les propriétaires en raison de ses enfants. «J’ai déjà appelé pour un appartement et la dame m’a bien spécifié que dans l’unité en question, le propriétaire n’accepte que les familles avec un enfant. Où veux-tu que je mette mon autre fille?», s’étonne la mère monoparentale. Passant en revue toutes les petites annonces, Marie remarque que quelques propriétaires sont très sélectifs dans leur choix des locataires.

«J’ai vu passer des annonces où l’on n’a pas le droit d’enfants, où tu dois être âgé de 55 ans et plus et où les animaux, les instruments de musique et les aquariums sont interdits par peur des dégâts d’eau. Disons que ça limite tes options», souligne-t-elle.

Outre tous ces critères, certaines personnes se retrouvent le bec à l’eau en raison d’une mauvaise cote de crédit. Un critère auquel les propriétaires ne devraient pas toujours prendre en compte lors du choix du locataire, selon Kim Verreault. «Tu peux avoir eu une malchance dans ta vie, mais ça ne veut pas dire que tu es un mauvais payeur. Si tu travailles et que tu continues à payer, il n’y en a pas de problème. Je trouve que d’effectuer une enquête de crédit, ça ne donne pas vraiment un portrait de la personne. C’est un peu utopique de penser que la personne qui a un bon crédit est automatiquement un bon payeur», mentionne la coordonnatrice.

Ce désespoir se fait aussi ressentir dans les maisons d’hébergement où les parents tentent à tout prix de trouver une place pour leur enfant. Responsable de la Maison Oxygène des Yamaska, Jessica Brouillette constate elle aussi une hausse des appels quant à la pénurie de loyers.«Les appels commencent à entrer et je sens qu’il va avoir un boom pour le 1er juillet. Je parle avec des papas très découragés. Ils se sont battus pour avoir des droits d’accès, droits de garde avec leur enfant, mais ils se retrouvent plus de logements et ils sont pris», explique Mme Brouillette. Les appuyant dans leur recherche, l’organisme peut les accommoder temporairement dans l’une de leurs chambres qui affichent souvent complet.

Pas tous dans le même panier

Bien que la réalité des propriétaires sélectifs semble être à la hausse, cette tendance n’est pas coutume chez tous les propriétaires. Tenant à nuancer  la situation, la coordonnatrice du GASP tient à mentionner que «ce n’est pas tous les propriétaires qui sont comme ça». Sur la page Facebook du GranbyExpress, la question de la crise du logement a soulevé les passions auprès des lecteurs.  C’est le cas, entre autres, de l’une de nos lectrices et propriétaires de deux appartements, qui ne dit pas faire de discrimination auprès des familles à la recherche d’un appartement.

«Les deux logements que nous possédons sont des 5 1/2 et nous les louons à des familles qui ont trois et quatre enfants présentement. Nous trouvons que c’est n’importe quoi de refuser des gens parce qu’ils ont des enfants», a commenté Galadriel Castelli.

*Par mesure de confidentialité, le prénom de Marie a été modifié aux fins de l’article.

 

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