Une résidente lance un cri du cœur

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Par Sarah Villemaire
Une résidente lance un cri du cœur
Annie Tétreault partage son quotidien avec son nouvel ami Réjean Messier, 62 ans, souffrant de paralysie cérébrale. Tous deux habitent le même étage du CHSLD Leclerc. (Photo : (Photo:GranbyExpres-Sarah Villemaire))

Ouvert depuis six mois, le nouveau CHSLD Leclerc ne fait pas que des heureux. Parmi les usagers mécontents, Annie Tétreault, une résidente de 47 ans. Cette dernière soutient être prise dans cet engrenage en raison de sa condition physique qui l’empêche de vivre en toute quiétude dans son logement.

Annie Tétreault réside présentement au CHSLD Leclerc depuis le mois de juin . Souffrante d’obésité morbide, les avenues pour recevoir des soins et des services à domicile étaient devenues limitées pour elle, compte tenu de sa condition physique. C’est à la suite de quelques complications de santé au printemps dernier que la dame quitte son appartement pour s’installer pour une période indéterminée dans cet immeuble. C’est entouré d’une vingtaine de personnes qu’elle partage les espaces communs de son étage. Différent des autres ailes, cet espace regroupe des personnes ayant des conditions de santé diverses, dont des personnes souffrant de paralysie cérébrale, de sclérose en plaques et de perte cognitive.

« On nous avait dit que notre étage serait constitué de personnes avec des problématiques physiques, mais ce n’est pas ça. Ça ressemble plus à un étage où on ne savait pas nous mettre, on dirait un étage de débordement », affirme Annie Tétreault. Un avis partagé par Réjean Messier qui occupe les lieux depuis l’inauguration de la bâtisse. « Quand je suis arrivé, les employés m’ont souhaité la bienvenue dans mon nouveau chez-moi. Excusez-moi, mais ce n’est pas chez moi ici. C’est plate, il n’y a pas de couleurs et ce n’est pas vivant », soutient l’homme de 62 ans souffrant de paralysie cérébrale.

Inquiète, Mme Tétreault se questionne sur l’avenir qui l’attend concernant la durée de son séjour. « Je m’en viens pour vivre et non pas pour mourir ici et c’est normal que je veuille me sentir bien. J’ai une plus grande chambre que la moyenne et j’ai de la misère à me déplacer en fauteuil roulant sans accrocher un mur. Il en va de même pour tous les autres résidents qui ont peine à se promener entre leur lit et le mur », renchérit la résidente.

Jointe par le Granby Express, la direction du CIUSSS de l’Estrie affirme que l’établissement a été pensé de façon adéquate pour répondre aux besoins de la clientèle . « Ce nouveau milieu de vie est le résultat de plusieurs consultations, tant des équipes cliniques, que du comité des usagers. Nous sommes très heureux de pouvoir offrir ce milieu de vie chaleureux, humain et qui répond aux exigences cliniques les plus rigoureuses », a transmis par écrit Mélissa Letendre Lapointe, conseillère en communication au CIUSSS de l’Estrie.

Outre les problèmes de déplacement, Annie Tétreault déplore le manque d’activités organisées adapté à ses conditions. « Il y a des loisirs, mais, moi, j’ai toute ma tête. Je n’ai pas l’âge pour jouer au jeu de serpent et échelle et des jeux pour des personnes en perte d’autonomie cognitive », précise-t-elle.

Un problème qui persiste

Comme partout ailleurs, la pénurie de main-d’œuvre se fait sentir dans le milieu de la santé. Manque de personnel sur le plancher, quart de travail non comblé, report des bains et des soins ne sont que quelques exemples du quotidien que subissent autant les employés que les résidents du CHSLD Leclerc. « Oui, la bâtisse est neuve, mais quand tu arrives à l’étage, tu vois que ni les résidents ni les employés n’ont le goût d’être là. Je les comprends les employés et les patrons d’être fatigués avec tout ce qu’ils doivent faire. Ce n’est pas compliqué, ils se promènent comme des poules pas de tête », souligne Annie Tétreault.

Ne datant pas d’hier, le manque de main-d’œuvre est dénoncé depuis plusieurs semaines, entre autres, par la Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (SPSCE). « Nos membres sont un peu à bout de souffle. Ils tentent de faire des soins de qualité, mais quand il manque de bras, ce n’est pas facile. Ça va faire des semaines que l’on sort, mais en vain », précise David Lambert, secrétaire-trésorier du SPSCE. Cette pénurie dans le milieu a dû forcer la direction de ce centre à limiter le nombre de lits à 140 alors que le CHSLD Leclerc a été construit pour accueillir 175 lits, selon David Lambert.

À sa défense, le CIUSSS de l’Estrie est conscient de cette pénurie de main-d’œuvre qui s’étale sur l’ensemble de la province et explique que ce manque de personnel dû, en partie, à la pandémie et à l’augmentation croissante des besoins de la population. Cette pénurie s’est d’ailleurs fait ressentir ces dernières semaines en raison des vacances estivales accordées aux employés pour refaire le gain d’énergie. « Malgré les défis d’horaires que cette période engendre, il était primordial pour les directions d’accorder ces vacances au personnel. Offrir des soins et des services de qualité et sécuritaires à la population tout en respectant le bien-être de notre personnel est une priorité. La rareté de la relève dans tous les secteurs d’activités est un enjeu important », explique par courriel Mélissa Letendre Lapointe. 

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