Le coeur de Lidya continue de battre

Même si la petite Lidya Roy, 4 ans, est morte tragiquement dans un violent accident qui a aussi coûté la vie à sa mère, le 4 janvier dernier, à Ste-Cécile-de-Milton, son cœur continue de battre. Les organes prélevés sur la fillette de Roxton Pond ont permis de sauver la vie de trois personnes, dont celle d’un bambin. Bouleversé, le père de famille s’est confié au GranbyExpress.com dans l’espoir de sensibiliser la population à l’importance de ce don de vie, dans lequel il puise un peu de réconfort.

Si la petite Lidya Roy, 4 ans, n’est plus de ce monde, son cœur et ses deux reins ont redonné la santé à d’autres. Son cœur a été transplanté à une fillette d’un an, tandis que ces deux reins ont été greffés à deux adultes moins de 48 heures après sa mort. «Ça ne la ramène pas, mais elle avait 4 ans. Tu essaieras d’accomplir ce qu’elle a fait dans ta vie, de sauver trois personnes, c’est impossible. Ça fait un réconfort», confie André Roy, le papa de 42 ans.

Deux jours après le tragique accident, André Roy a reçu un appel de Transplant Québec, l’organisme responsable des dons d’organes au Québec. «Ils m’ont appelé pour me dire que le samedi après-midi, le cœur avait été greffé et que les reins allaient être transplantés. Quand on a appris ça, ça a fait énormément de bien. Oui, elle est partie, mais d’autres ne souffriront plus», indique M. Roy.

Ce dernier ne connaît pas l’identité des receveurs, mais devrait avoir des nouvelles sur leur état dans les prochaines semaines. «J’ai hâte de voir si la petite fille a pris le cœur. C’est toujours le fun de sauver un enfant. Ça serait une petite joie dans notre cauchemar, poursuit-il. Un enfant, ça ne mérite pas d’être malade, ça ne mérite pas de mourir.»

«Dominique y tenait»

Selon André Roy, sa conjointe Dominique Labrie tenait mordicus au don d’organes. «Elle en parlait. C’était dans sa nature, dit-il. J’ai autorisé le don d’organes pour Lidya parce que sa mère y tenait vraiment. Ce qu’il y a de plus important, c’est de signer sa carte. La mienne ne l’était pas avant. Maintenant, elle est signée.» Il a aussi incité d’autres personnes de son entourage à faire de même.

L’état de Dominique Labrie ne permettait pas de procéder au don d’organes, mais ses tissus ont été prélevés. Transplant Québec, par la voix de sa porte-parole Brigitte Junius, précise que, dans ce cas, les valves cardiaques, les tendons, la peau et les globes oculaires sont prélevés. «On s’en sert pour faire des greffes de cornées pour redonner la vue à quelqu’un, ce qui n’est pas rien.»

De par la force et la violence de l’impact, Dominique Labrie n’a eu aucune chance. «Un véhicule, ce n’est pas fait pour être frappé de côté. Elles n’ont jamais rien vu venir. Bang et elles sont parties. Dans l’accident, la petite n’avait pratiquement rien. Elle a eu trois points de suture au visage, quelques coupures aux mains, pas de fracture. Son siège s’est cassé en deux, mais la petite était correcte. Le siège a fait sa <I>job<I>», explique André Roy, qui est carrossier de métier. Mais l’impact a causé des dommages irréversibles au cerveau de la petite Lidya.

«Une journée de marde»

La journée du 4 janvier 2013 restera gravée dans la mémoire d’André Roy. «C’est une journée de marde. On ne s’attend jamais à vivre ça de sa vie. Tout se fait tellement vite. J’ai été pris de tout bord et de tout côté», raconte-t-il.

«C’est un accident niaiseux, banal, qui n’aurait pas dû se produire. Dom a débarqué sur l’accotement, elle a donné un coup de sterring et a freiné puis c’est parti. Elle était à cinq minutes de la garderie», ajoute-t-il.

Au salon funéraire, André Roy a rencontré l’homme qui a effectué des manœuvres de réanimation sur Lidya avant l’arrivée des secours. «C’est agréable, mais il aurait pu la laisser partir, mais il ne le savait pas. La petite est partie en même temps que sa mère. Ils ont réanimé son corps. Son âme était déjà partie.»

Ce dernier raconte que même si sa fille a été réanimée, il n’y avait plus rien à faire. «Il n’y avait aucun recours. Qu’on la laissait là une journée ou un mois, elle vivait mécaniquement. Elle n’avait plus de cerveau tellement ça a brassé et son cœur avait cogné sur ses poumons.»

À 18h40, ce vendredi-là, accompagné de ses trois autres enfants, André Roy a fait débrancher la machine qui maintenait artificiellement en vie la petite Lidya.

«Je trouve ça dur, mais je n’ai pas le choix de continuer. Je ne me laisserai pas abattre. J’ai trois autres enfants», ajoute le père de famille. «Et savoir que leur sœur a pu sauver trois personnes leur a fait grandement plaisir. On cherche le positif et on tasse le négatif. Ça leur a remonté le moral. Ça a resserré le noyau familial. Tout ce qui est positif, on le garde.»

Une dernière soirée

Habituellement, André Roy et sa conjointe Dominique Labrie profitaient du jeudi soir pour aller souper au restaurant avant d’aller faire l’épicerie. Le destin a cependant voulu, la veille de l’accident, que la petite Lidya se joigne au couple. «Pourquoi est-ce que ça a adonné? Si c’est arrivé, il y a une raison. J’ai de très beaux derniers souvenirs», confie André Roy.

Il n’a que de bons mots pour sa conjointe. «Dominique pensait qu’à nous et après, elle pensait à elle. Mais ça, on ne s’en rend jamais compte quand elle est là. On est dans la routine. C’est ça qui est plate de la vie. Après, tous les petits moments deviennent extraordinaires.»

Du haut de ses 4 ans, la petite Lidya, une ricaneuse, avait déjà une grande âme. «Elle était toujours de bonne humeur et elle partageait tout le temps, c’était dans sa nature. Elle avait un cœur d’or, elle aurait été loin dans la vie», admet le papa.

Rappelons que Dominique Labrie, 32 ans et Lidya Roy, 4 ans, toutes deux de Roxton Pond, ont perdu la vie le 4 janvier dernier dans une violente collision latérale survenue sur la route 137 à Sainte-Cécile-de-Milton, non loin du 1er rang.

À lire aussi, 137 «anges» au Québec en 2011.

 

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