Une infirmière radiée pour six mois

Une infirmière radiée pour six mois
Des postes d'infirmière, travailleur social, agent administratif, préposé aux bénéficiaires, psychoéducateur, cuisinier et d'aide-cuisinier sont notamment à combler. (Photo : GranbyExpress-archives)

L’infirmière Chantal Caron, qui travaillait au Centre hospitalier de Granby (CHG), a été temporairement radiée par son ordre professionnel pour une période de six mois pour avoir négligé des soins et assuré un suivi inadéquat de l’état d’une patiente en juillet 2008.

Lors d’une audience du Conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) tenue le 20 février dernier, à Granby, Chantal Caron a plaidé coupable, par la voix de son avocat, d’avoir fait «preuve de négligence dans les soins et traitements prodigués à une cliente, en n’assurant pas la surveillance requise et en ne prenant pas les moyens raisonnables pour assurer le suivi qu’exigeait son état de santé», lit-on dans la décision sur culpabilité et sanction, dont GranbyExpress.com a obtenu copie.

Lors des événements qui se sont produits le 15 juillet 2008, Mme Caron n’aurait pas évalué correctement la condition d’une patiente, tant au niveau des signes neurologiques et vitaux, son état de conscience, le niveau de douleur et n’aurait pas vérifié si la dame avait mangé et uriné. Les notes inscrites au dossier par l’infirmière étaient aussi incohérentes et incomplètes.

«Bien que la preuve a révélé que la patiente était exigeante, l’intimée n’était nullement justifiée d’agir comme elle l’a fait», expose le procureur de l’OIIQ, Me Alain Galarneau.

Elle écoute le médecin

Parmi les constats soulevés dans le document de douze pages, différents éléments auraient influencé la professionnelle, tel que l’odeur éthylique (qui n’a été rapportée que par Chantal Caron) que dégageait la patiente et dont la pratique courante était de laisser la personne dormir. Le médecin de garde aurait indiqué qu’il n’y avait rien de plus à faire avec la dame. Cette dernière était agitée et agressive, donc moins dérangeante lorsqu’elle dormait. Enfin, la charge de travail était très importante cette journée-là, notamment à cause d’un grand achalandage à l’urgence et un ratio infirmière/patient élevé.

La patiente dont prenait soin Chantal Caron ne collaborait aucunement avec elle. À deux reprises, Mme Caron a parlé avec le médecin de garde et ce dernier lui a dit de laisser la patiente dormir. Dans l’une des communications, l’infirmière aurait mentionné qu’elle n’avait pas procédé à l’évaluation médicale de la patiente. «Je ne pouvais difficilement faire plus, la patiente ne collabore pas, deux médecins me disent de la laisser dormir», indique Chantal Caron dans un résumé de communication transcrit dans la décision de l’OIIQ.

S’il est facile de commenter rétrospectivement les gestes posés par l’infirmière Caron dans cette situation, l’une des médecins interrogées par l’OIIQ précise «qu’elle peut comprendre» que Chantal Caron ait laissé dormir sa patiente. Cette dernière précise qu’il est impossible de préciser à quelle heure la patiente est devenue inconsciente. «Sa pathologie est aussi très rare. Elle avait un abcès cérébral, mais ne faisait pas de température», lit-on dans la décision.

Vérifications faites auprès du Collège des médecins, les deux docteurs impliqués dans le dossier de Chantal Caron n’ont aucun antécédent disciplinaire. «Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’enquête, mais ça n’a pas mené au dépôt d’une plainte. Quand un médecin fait l’objet d’une enquête, c’est confidentiel. Le dossier devient public lorsqu’une plainte est déposée», explique Leslie Labranche, coordonnatrice aux relations publiques au Collège des médecins.

Radiation temporaire

Dans son analyse, le Conseil de discipline constate que Chantal Caron «s’est laissé distraire par la conduite de la patiente et les avis des médecins. Cette situation est bien dommage, car ce faisant, elle n’a pas pris ses responsabilités et fait fi de ses obligations professionnelles propres à sa profession d’infirmière.»

L’OIIQ souligne que l’infirmière a omis de s’en remettre à «son propre Code et appliquer les données de la science infirmière». Le syndic reconnait cependant que Mme Caron n’a pas commis ces gestes de mauvaise foi. Elle a d’ailleurs exprimé des regrets.

L’OIIQ a donc radié, de façon temporaire, Chantal Caron pour une période de six mois. L’infirmière, qui doit aussi payer tous les déboursés reliés à ce dossier, a six mois pour le faire.

Une fois sa sanction complétée, Chantal Caron pourrait reprendre son poste au CHG. «On parle d’une suspension temporaire. L’infirmière maintient son lien d’emploi. Avant de pouvoir recommencer à travailler, elle devra être membre en règle de l’OIIQ et on a des mécanismes à l’interne pour s’assurer des actes et des pratiques», indique Brigitte Massé, directrice des communications au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Yamaska.

De son côté, Sophie Séguin, la présidente de la section Haute-Yamaska de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), ne peut commenter l’affaire. «C’est un dossier qui appartient l’OIIQ. Ce sont deux instances différentes. L’OIIQ protège le public quand il y a une plainte et le syndicat s’occupe des conditions de travail. Je ne peux vous répondre parce que je n’ai pas analysé ce dossier.»

 

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