3e impérial: de l’art éphémère pour comprendre notre rapport aux animaux

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Par Abdennour Edjekouane
3e impérial: de l’art éphémère pour comprendre notre rapport aux animaux
Marilou Lemmens et Richard Ibghy devant une des installations sur le Sentier de la rivière. (Photo : GranbyExpress-Abdennour Edjekouane)

ARTS. Le mois d’août est décidément bien vivant du côté du 3e Imperial. Dans le cadre du colloque Un art public éthique: perspectives canadiennes et dont le centre d’art a été l’hôte durant une journée, les artistes Richard Ibghy et Marilou Lemmens ont réalisé des installations éphémères qui s’intéressent à notre relation avec la faune. 

Dans la volonté de mettre l’œuvre en résonance avec le passé industriel et l’histoire de Granby, deux installations du Services de voirie et d’architecture pour animaux ont été disposées par le duo d’artistes le long du Sentier de la rivière pour former un parcours à proximité des vestiges du tuyau d’entrée d’eau de la Miner Rubber, situés au milieu d’un boisé à la rencontre d’un ruisseau.

En longeant le tronçon du sentier entre la passerelle Miner et la rue Mountain, les randonneurs pourront admirer une première structure d’architecture qui permettra aux oiseaux de défiler, s’exhiber et chanter. Un peu plus loin, une seconde installation offrira toute sorte d’habitations souterraines pour des créatures qui vont des petits mammifères à différents insectes. Finalement, la dernière structure, située dans les anciens édifices du 3e impérial, regroupe plusieurs éléments relatifs aux araignées et à leur processus de production de soie, comme des instructions pour fabriquer une toile, de petites lunettes pour les araignées myopes et même un petit dispositif qui peut permettre à ces bestioles de signaler la présence d’un insecte à une autre arachnide.

Marilou Lemmens et Richard Ibghy, qui ont été invités par la commissaire Noémie Fortin pour réaliser l’œuvre éphémère à Granby, basent la majeure partie de leur travail sur des questions épistémologiques et les théories de la connaissance. Ils questionnent également la façon dont les êtres humains construisent le savoir. « Dans ce projet, ça touche plutôt des questions éthiques modernes comme notre rapport au non humain comme les plantes et les autres espèces. Comment est-ce qu’on les considère ? Jusqu’à quel point l’être humain pense-t-il être exceptionnel et unique ? Dans ces œuvres, on voit que les espèces ont un sens d’esthétique, d’architecture, ils sont sociaux et ont le sens de la collectivité. En fait, ce que nous voulons exprimer par cette œuvre est que la différence entre humains et non humains est mince », explique Richard Ibghy, un des artistes à l’origine de l’œuvre. 

Granby, le beau contraste 

C’est bien connu des artistes, Granby est un cadre enchanteur réunissant deux attraits opposés, pourtant complémentaires, l’époque industrielle et l’environnement. Le 3e imperial est un des rares centres d’artistes spécialisés dans la réflexion et la production d’art in situ, une pratique qui va encourager l’art à sortir des lieux conventionnels comme les salles d’expositions et les galeries, et de ce fait, exploiter tout cet aspect original de la ville de Granby. « Nous sommes dans les vestiges d’une ville industrielle. Nous avons trouvé que repenser notre relation avec les animaux, et comment on cohabite avec eux au 21e siècle, était intéressant à réaliser dans les vestiges d’une époque où les activités humaines se développaient dans une logique non modéré, qui ne tenait pas en compte des impacts environnementaux, biologiques, etc. », confie Marilou Lemmens, l’autre artiste qui compose le duo Lemmens-Ibghy.

 

De plus, pour créer leur projet Services de voirie et d’architecture pour animaux, le duo d’artiste a fait appel à plusieurs ressources qui œuvrent dans le domaine de la faune à Granby afin d’optimiser les installations pour les animaux. « Nous avons notamment travaillé avec une organisation qui encourage les ramoneurs à ne pas ramoner les cheminées utilisées par le Martinet, durant une période spécifique, pour ne pas détruire les nids de ces oiseaux. C’était des rencontres très riches et qui nous ont donné un aperçu de ce qui se fait en ville, et en plus nous avons découvert tout cet héritage de la Miner et du passé industriel de la ville », souligne Mme. Lemmens.

 

Le duo d’artiste, qui exposera bientôt l’œuvre Les faits alternatifs du 21e siècle à New York, ne cache pas son envie de revenir à Granby pour y réaliser une œuvre permanente. « Nous avons adoré l’opportunité de faire une œuvre permanente pour la ville de Montréal, c’est une structure d’une quinzaine de sculptures placées devant le CHUM et qui racontent l’histoire de cet établissement. Donc oui, c’est toujours quelque chose qui nous intéresse et ce serait un grand privilège de le faire à Granby », conclut Marilou Lemmens.  

 

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