Gabrielle Poulin: célébrer la vie par le deuil animal

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Par Abdennour Edjekouane
Gabrielle Poulin: célébrer la vie par le deuil animal
Les animaux et la notion de deuil animale sont présents à travers différents travaux de l'artiste, qui y voit un bon moyen de traiter de l'humain en tant que collectivité d'amour et de résilience. (Photo : GranbyExpress-Abdennour Edjekouane)

CULTURE. CULTURE. Granby est évidemment connue pour son zoo et sa ribambelle d’animaux bien vivants. Mais si l’artiste et comédienne Gabrielle Poulin a posé ses valises dans notre belle région, ce n’est pas pour observer les créatures du zoo, mais bien les dépouilles d’animaux morts qui jonchent les routes et sentiers qu’on emprunte plus communément dans nos déplacements de tous les jours.

C’est dans le cadre du cycle d’exploration Ramailler nos espaces de vie, lancé par le centre d’essai en art actuel de Granby, Le 3e impérial, que Gabrielle Poulin a été accueillie pour un quatrième séjour en résidence de création du 26 octobre au 4 novembre dernier. L’occasion pour l’artiste de poursuivre Mouvoir la facture, un projet qui aborde les notions de deuil, de réciprocité et de partage territorial entre les humains et les animaux.

À la base du projet, les déplacements utilitaires qu’effectue Gabrielle Poulin pour partir en nature et se ressourcer. Fait ironique pour l’artiste, ses déplacements sont souvent ponctués par l’apparition de dépouilles animales jonchant les rues. « Je trouve ça percutant, le fait de passer vite en voiture et de ne pas bien apercevoir l’animal derrière la vitre », mentionne l’artiste. «Je trouve ça ironique, parce que je vais dans le bois pour prendre soin de moi et me connecter avec la nature, alors que quand je la traverse, je croise des animaux morts. Cette expérience m’a poussé à réfléchir sur comment je m’arrêterais. Si je pouvais m’arrêter, qu’est-ce que je ferais et comment pourrais-je honorer la vie de ces animaux», ajoute-t-elle.

Interpelée par les conséquences qu’entraine la fracture du territoire sur la faune, Gabrielle Poulin répertorie les carcasses d’animaux, signalés par les citoyens ou trouvés par elle durant ses déambulations, et s’arrête un moment pour marquer symboliquement le lieu par un rituel performatif. C’est ce rituel qui pousse l’artiste à rencontrer les Granbyens et Granbyennes, à discuter avec eux et à entrer en contact avec le territoire qu’elle arpente pour y découvrir les différentes manières de vivre. «C’est le bijou dans ce projet, ça m’amène à tisser une cartographie de récits, de manière d’habiter le territoire de rentrer en relation avec les animaux qui l’habitent. Ça m’amène donc à tisser une cartographie du vivant réalisé par le rituel de commémoration.»

«Les gens m’accueillent avec beaucoup de curiosité. Les -Granbyens et les -Granbyennes m’apprennent beaucoup sur la faune qu’ils observent. En tant que citadine, moi je peux m’imaginer des choses, mais je ne le vis pas au quotidien. Les gens sont très généreux concernant leur quotidien, ce qui les touche et ce qui les touche moins», explique l’artiste montréalaise.

Les animaux comme prémisses pour l’art 

Les animaux et la notion de deuil animale sont présents à travers différents travaux de l’artiste, qui y voit un bon moyen de traiter de l’humain en tant que collectivité d’amour et de résilience. La finalité du projet sera présentée au printemps 2023 lors d’une performance de l’artiste. Les gestes sont recueillis durant les différents rituels de commémoration et constitués avec les récits que les gens racontent à Gabrielle Poulin, qui s’assure ensuite de les mettre en mouvement, en geste, pour honorer la vie et «se réconforter quelque part». «Ce que je vois à la fin de tout ça, c’est une grande célébration de tous ces animaux. Mais encore une fois, c’est un prétexte pour être entre vivants à célébrer la vie en parlant de la mort».

Alors que les dépouilles d’animaux autour des routes est devenue chose banale pour plusieurs, Gabrielle Poulin, elle, tente plutôt de briser cette notion de normalité en commémorant la disparition de ces créatures. «On est souvent confronté à la mort de différentes façons, mais c’est rare que ça soit de manière aussi violente. Mais c’est devenu tellement banal, parce que souvent on est dans un déplacement utilitaire et on ne prend peut-être pas toujours le temps de briser cette notion de déplacement pour venir à être touché», souligne-t-elle.

Pour l’artiste diplômé en interprétation à l’École nationale de théâtre du Canada, la fracturation du territoire est inévitable avec notre rythme de vie. «Ce qui est intéressant, c’est d’être témoin de cette facturation du fait des animaux morts sur la route. Ce qui serait pertinent après, c’est de se poser la question à savoir comment on peut éviter que ces routes viennent entraver les routes des animaux qui existent déjà, mais qu’on voit moins», conclut l’artiste.

Les citoyens sont invités à contribuer au projet en signalant les dépouilles d’animaux morts croisés sur la route au site mis sur place par l’artiste https://www.mouvoirlafracture.com/signalements.

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