Les chemins de fer continuent de faire des miracles en Ukraine

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

KYIV, Ukraine — Se déplacer vers l’est et les territoires libérés reste tout une aventure en Ukraine, mais les chemins de fer ukrainiens ont fait des miracles en quelques jours pour se redresser.

Les plus récentes frappes russes ont ravagé mercredi le réseau d’électricité et d’alimentation en eau potable dans la capitale, Kyiv, ce qui a aussi affecté le transport ferroviaire sur les lignes alimentées par des fils et caténaires. Pas moins de 10 millions d’Ukrainiens ont alors été plongés dans le noir. 

Encore dimanche, des secteurs de la plus grande ville du pays étaient dans l’obscurité et les rues n’étaient pas éclairées.

Ce week-end, la gare centrale de Kyiv, un bâtiment monumental datant de l’ère soviétique, était plongée dans une obscurité glauque. Seule une lueur blafarde se répandait dans les corridors et les salles. 

Cette semaine on y posait de vieux poêles à bois dans les salles d’attente pour s’assurer de ne pas manquer de chauffage cet hiver, mais l’air était terriblement pollué par le monoxyde de carbone. 

Prendre le train en direction de Poltava, à plus de 300 km de Kyiv, pour aller en reportage, relevait donc de l’épreuve au lendemain des frappes russes. Plusieurs liaisons étaient affectées et les retards s’accumulaient.

Jeudi, le train vers Poltava-Kharkiv, tracté par une locomotive électrique, est arrivé à Kyiv avec sept heures de retard, et il a mis huit heures pour aboutir à Poltava, à cause des coupures de courant, pour un trajet qui dure habituellement 3 heures.

Les voyageurs misaient sur leur bonne fortune pour trouver où s’asseoir. Il y avait quelques places libres dans un vieux wagon-lit bondé, sans compartiments. Toutes les odeurs se mélangeaient, le vieux cœur de pomme, la saucisse, la sueur, et surtout le fumoir. 

À chaque interruption, une violente secousse s’emparait du wagon puis le train roulait jusqu’à l’arrêt complet. Quelques minutes ou parfois plus d’une demi-heure après, le convoi repartait. 

Les Ukrainiens à bord semblaient endurer cette longue traversée avec patience et un certain flegme. Dans une chaleur étouffante, sans possibilité d’ouvrir les fenêtres, des voisins s’amusaient même et partageaient leurs goûters, certains ronflaient dans leur couchette, tandis que des soldats faisaient leur va-et-vient constant vers le fumoir au bout du corridor. 

La préposée au wagon assurait le service avec l’efficacité et la courtoisie habituelle, apportant les boissons, etc. Sinon on pouvait aller se servir soi-même dans le samovar près de la sortie.

Et les voyageurs qui décideraient d’aller encore plus loin, de prendre plutôt la route à partir de Poltava vers l’est, Kharkiv, voire les territoires libérés d’Izium, Balaklia, devront être zen, tellement il y a de barrages routiers, de précautions à prendre, etc. 

Au retour vers la capitale samedi après-midi, quel contraste. Les chemins de fer ukrainiens avaient rétabli un service normal sur la ligne Poltava-Kyiv. 

Le train était bien à l’heure à la gare de Poltava et attendait patiemment sur le quai. Les wagons étaient bien en ordre et les places assignées dans les compartiments fermés. 

L’agente de bord est venue fermer le store pour s’assurer que cette ligne de soirée ne soit pas repérable par l’ennemi et glisse furtivement jusqu’à Kyiv. 

Cette fois, même pas une seule panne. Dans les faubourgs, on voyait bien que la capitale était encore plongée en partie dans la pénombre, mais le train est même arrivé… en avance de 10 minutes. 

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